Précisions sur le risque d'extinction











Tout ce que nous vivons a été mis en place au néolithique et se termine actuellement. En effet, c'est alors que s'est imposé l'ensemble des phénomènes que l'on peut regrouper et exprimer ainsi: séparation de l'espèce par rapport au reste de la nature. La production qui permet la manipulation, et finalement la substitution, réalisant la domestication complète de l'espèce; l'appropriation à partir de laquelle, en un procès assez long pourra émerger la propriété privée. En s'appropriant une portion de territoire, une communauté se coupe du reste de la nature et initie une dynamique d’inimitié vis-à-vis d'autres êtres vivants puis avec d'autres communautés. Par la suite avec la propriété privée elle opérera entre composants et composantes de celles-ci devenant des communautés despotiques. En même temps se développe le phénomène économique avec la genèse très lente du phénomène de la valeur.  Le mouvement économique va tendre à se substituer aux relations humaines. La coupure d'avec la nature devient plus importante avec l'asservissement des femmes et la séparation entre elles et les enfants, le surgissement de l’État en même temps que se renforce la dynamique de l'inimitié. Sans oublier que, du fait de la coupure de continuité, s'initie la répression parentale.



Au cours de la mise en place de ces divers procès surgissent insatiabilité et mégalomanie, démesure en rapport à la perte de la plénitude découlant de la coupure de la continuité et donc à la perte de celle-ci, à celle de la participation, qui concrétise la coupure, induisant le désir de refaire ce qui a été perdu mettant en branle, comme nous le verrons, le déploiement de la substitution.



 Tous ces phénomènes ont été renforcés et amplifiés avec le passage du phénomène de la valeur de sa phase verticale à sa phase horizontale et l'invention de la monnaie (vers le septième siècle avant notre ère)1. Or ceci s'accompagne de l'invention de la "mesure" qui peut permettre de passer du continu au discontinu, et, à partir de grandeurs discrètes  de recomposer un continu, de le substituer au premier.



La mesure nécessite divers appareils pour l'effectuer comme la balance par exemple, ce qui renforce le développement de la technique. Dans le chapitre Phénomène de la valeur et procès de connaissance j’essaierai de mettre en évidence l'importance du concept de mesure qui inclut celui de limites et celui de nombre. Or sans les nombres pas de développement actuel du numérique. La mesure et surtout les mesures sont nécessaires à la surveillance et à la répression. Elle permet aussi de situer ce qui est hors norme, démesuré. Ce dernier mot peut indiquer aussi ce qui échappe.



Un autre moment essentiel est celui de l'avènement du capital  où la "discontinuisation" s'amplifie avec la mise au point des concepts d'espace et de temps remplaçant totalement l'étendue et la durée, en même temps s'amplifie la sortie de l'éternité, avec perte de la continuité, de la concrétude et de l'immédiateté. C'est le moment aussi où une autre phase d'assujettissement des femmes s'effectue avec la chasse aux sorcières et l'élimination de toute la culture féminine considérée comme faisant obstacle au développement de la science. Enfin, je saute des étapes, le phénomène déterminant de l'autonomisation de la forme capital découlant de l’évanescence du rapport salarial (achat et vente de la force de travail) et de la prépondérance de la consommation et, ce qui en découle, la virtualité.



Ce phénomène advient en même temps que la disparition du prolétariat  les deux étant corrélés, en rapport avec l'accroissement énorme de la production et à la prépondérance successive de la circulation nécessitant une consommation de plus en plus démentielle. Cette disparition a donc été déterminée par l'automation mais aussi, et c'est plus important au niveau du comportement et au niveau psychique, par la consommation. « Ce qui distingue précisément le capital du rapport de domination, c'est que le travailleur lui fait face comme consommateur et porteur de valeur d’échange, sous la forme de possesseur d'argent, d’argent, de simple centre de la circulation, et devient l'un de ces centres innombrables où sa déterminité de travailleur disparaît (ausgelöscht2)» Marx (Grundrisse, p. 323 ; Fondements, t. I, p. 378, traduction modifiée)



Ainsi était éliminé le seul frein au devenir en place et le maintien, au niveau "social", d'une certaine naturalité, ce qui permet le développement actuel "du capitalisme de surveillance"3 à partir non de la production mais de la consommation et surtout de la publicité nécessaire pour la stimuler. C'est à partir de l'utilisation des données fournies par internet qu'il s'édifie. Il n'apporte rien de nouveau, ayant même débouché final: le risque d'extinction. Toutefois c'est au niveau de la réalisation de ce risque qu'il apporte une nouveauté. En effet ce qu'expose Shoshana Zuboff dans son livre L'âge du capitalisme de surveillance Ed. Zulma, est proprement hallucinant et fait ressortir qu'en définitive Homo sapiens est potentiellement mort, remplacé par des procès informatiques qui le reconfigurent 4.



Pour bien saisir cette nouveauté on doit tenir compte d'autres phénomènes comme la disparition de la nature et de la surnature qui est dû à un antique comportement de l'espèce, ce qui d'ailleurs, explique qu'elles ne soient pas présentes dans le livre de Shoshana Zuboff. On doit d'autre part tenir compte qu'en fait ce système de surveillance, de contrôle a une lointaine origine car surveiller, punir, dominer, manipuler s'imposent avec le surgissement de l’État à la fin du néolithique. Ce n'est pas un phénomène sans précédent comme elle l'affirme à plusieurs reprises. Nous pouvons citer par exemple le Biopouvoir mis en place à la fin du XVII° siècle5. Toutefois elle insiste sur l'importance du slogan de l'Exposition universelle de Chicago en 1933: "La science découvre, l'industrie applique, l'homme se conforme" (p. 35) qui est une déclaration de mise en dépendance des êtres humains, prélude à une dynamique de mise en surveillance et de contrôle car il faudra qu'ils se conforment, et signale le despotisme de la science, c'est-à-dire des scientifiques avec la dichotomie qui l'accompagne: les détenteurs du savoir scientifique et ceux qui en sont dépourvus, expression d'une asymétrie du savoir, nécessaire selon Shoshana Zuboff, pour la réalisation du "capitalisme de surveillance" et surtout pour celle de l'utopie que certains partisans de ce capitalisme désirent réaliser.



La dissolution consécutive à l'autonomisation de la forme capital affecte l’État qui devient un État réticulaire. C'est-à-dire que ses fonctions sont assurées non seulement par ce qui reste de lui-même, mais par les grandes entreprises qui le concurrencent et tendent à le supplanter. En conséquence il doit se défendre en invoquant l'intérêt commun, comme cela se produit aux USA vis-à-vis de Google, Facebook, Amazon, Apple, Microsoft, où l’État fédéral envisage de réinstaurer la loi anti-trust afin de les démanteler. Toutefois même s'il y parvient, le phénomène, pour une entreprise multinationale comme Google, de constituer une totalité et donc d'asservir et d'englober l’État, se réimposera inévitablement car c'est inhérent à la dynamique de la mégalomanie. Ainsi Google s’empare du monde avec Google Earth, Street view et s'érige en une sorte d’État dont la base n'est pas une, mais un grand nombre de nations. En outre avec Amazon, Facebook, Apple, Uber, il s'attaque aux banques avec comme objectif final des les remplacer. (Les géants de la tech américaine bousculent les banques avec leurs services financiers - Le Figaro 08 janvier 2021. L'auteur de l'article parle du loup dans la bergerie.)



On a également dissolution de toutes les communautés, même les plus restreintes comme la famille, et l'évanescence de l'importance des parents surtout lors de l'adolescence. Ne restent que les mafias qui sont des communautés despotiques et en conflit entre elles. En conséquence la dissolution affecte tout ce qui constituait la société remplacée par un ensemble de réseaux organisant dominants et dominés. Elle affecte aussi l'individu qui est réduit à un ensemble de comportements, à une forme qui peut recevoir n'importe quel contenu. Phénomène convergeant avec le devenir final du capital aboutissant à sa mort dans les années 90 et à l'autonomisation de sa forme, nécessitant pour sa réalisation le développement énorme de l'innovation, ce qui engendre un grand despotisme car, pour constamment innover, il faut s'emparer du futur.



Or, avec le mouvement du capital, l'espèce avait visé à atteindre une sécurité, à fuir une menace, celle de l'extinction, et à échapper à toute dépendance. "Le surgissement du capital apparaît comme réalisant la levée d’un verrou et celle d’un interdit: celui de considérer en termes de valeur (vénaux), ce qui se rapporte à la terre et à tous les aspects de l’activité humaine et même à son affectivité. En cette dynamique il apparaît comme fondant une rationalité plus pure, effective. Car tout verrou, blocage, induit des comportements dits irrationnels."6



En fait le devenir du capital avec le procès de séparation de la nature, de la surnature, avec la dissolution de tous les rapports humains n'a rien résolu et a abouti à l'enfermement de l'espèce, à sa folie, parachèvement de la spéciose d ont voici les composants.



Afin de faciliter la compréhension des divers thèmes abordés indiquons auparavant, en une sorte de synopsis, comment se présente la spéciose en son intégralité. Homo sapiens, à la suite d'intenses traumatismes a été profondément affecté lui causant une certaine modification et un changement dans son comportement. Ces traumatismes ont instauré en lui une profonde empreinte, celle de la menace, s'exprimant superficiellement par une hantise, une approche consciente de quelque chose d'inconscient, alliée à une confusion en liaison à un état hypnoïde, le tout renforcé par la répétition des traumatismes. La réaction à ces derniers s'est opérée avec le refus et la séparation vis-à-vis de ce qui pouvait être saisi comme étant au fondement de ceux-ci: l'action de la nature qui apparut comme une "ennemie" dont il fallut dés lors se protéger. Et là se réactiva la confusion, car celle-ci était en même temps vécue comme génitrice de l'espèce, et donc acceptée et louangée pour tout ce qu'elle produit. En conséquence le rapport à la nature fut lesté d'une profonde ambiguïté et opéra comme support de nostalgie laquelle, tôt ou tard induit la floraison de l'utopie, toutes deux expressions de l'insatisfaction de l'espèce. Corrélativement s'imposa la dynamique de l'inimitié donnant consistance à amis et ennemis. L'affirmation de l'existence de ces derniers justifiant la dynamique du refus, de la séparation, allant jusqu'à celle de la destruction, de l'extermination. Dés lors, pour se défendre et se protéger, elle s'est lancée dans une dynamique de séparation du reste de la nature et a tendu à fonder un monde hors d'elle. En outre elle a cherché une aide dans la surnature, c'est-à-dire en première approximation, tout ce qui est inaccessible et qui pourtant est puissamment opérant comme le signale le psychisme (en particulier à travers les rêves, les phénomènes dits paranormaux, etc.). Et c'est en tentant de rendre effectif et même concret ce monde surnaturel que l'espèce a pu produire des artefacts importants en vue de se défendre. En germe, c'était la dynamique de la virtualisation. Mais la nécessité de créer un monde à l'abri, séparé du reste de la nature a impliqué d'adapter les enfants à celui-ci ce qui détermina la répression de leur naturalité, la mise en place d'un immense détournement initiant le devenir d'errance, en même temps qu'elle se trouve à la base même de la thérapie et de la dynamique du dépassement. Au cours du devenir elle réactive constamment la séparation d'avec le reste de la nature. Cette répression a induit deux phénomènes, celui de la compensation de ce qui a été réprimé, et qui a même pu se perdre sur le plan conscient, et l'autonomisation, c'est-à-dire la fuite de la dépendance résultant de la perte de continuité, de participation à la nature, au cosmos, donc de la séparation d'avec le reste de celle-ci et de la naturalité, renforçant et structurant l’errance en cours. L'adaptation aux nouvelles conditions de vie provoqua un intense recouvrement, expression d'un compromis afin d'être en mesure de poursuivre le procès de vie, mais aussi d'une illusion sur son propre devenir, une mystification; le tout s'intégrant dans une dynamique visant à se rassurer grâce à la parole, au dire, au récit tendant à l'emporter sur le geste et sur ce qui advient, comme à conjurer ce qui peut advenir. Le recouvrement ne put jamais être définitif et, pour poursuivre son procès de vie en se rassurant, le recours à l'innovation devint finalement inévitable, pouvant opérer une compensation à l'hyperdéveloppement de la parole, du récit. L'accroissement du refoulé entraîna une grande rétention qui tendait à inhiber l'espèce d'où la nécessité de moments d'intenses déversements de ce qui avait été retenu avec mise en pièces du recouvrement, moments caractérisés par de grands déchaînements de violence, qui peuvent être aussi accompagnés d'une dynamique de "libération", de clarification (analogue à une maladie créatrice de l'espèce), à partir desquels un autre devenir semble possible. Toutefois la non compréhension de l'advenu et de tout ce qui le sous-tend conduisit à ce que tende à prévaloir un phénomène qui s'est enclenché très tôt, celui de la substitution de tout ce qui est naturel par des artefacts, des artifices, des ersatz et en définitive, de nos jours grâce à un essor énorme de l'innovation, par celle de l'homme prothésiforme, augmenté, hors nature, de ce qui fut l'homme naturel, c'est-à-dire conservant un certain lien à sa naturalité. La substitution résulte de la transcroissance de l'autonomisation et du recouvrement, le tout est conjugué à l'intériorisation de la technique. Le débouché de l'errance au cours de laquelle la spéciose s'est constituée, est l'enfermement de l’espèce en elle-même et la négation de tous les autres êtres vivants7 c'est-à-dire à la folie, une forme d'extinction.



Ajoutons:



Phénoménologiquement, la spéciose se manifeste à travers la séparation, l'inimitié, l'ambiguïté, l'insatiabilité, la mégalomanie déterminée par la coupure de continuité, le refus de la dépendance et de la culpabilité, la haine de soi, l'enfermement, la solitude et, finalement, la folie, une forme d'extinction8.  



Nous verrons à travers l'exposé de Shoshana Zuboff que les caractères de la spéciose sont extrémisés (portés à l'extrême) au sein de ce qu'elle appelle "L'âge du capitalisme de surveillance", signalant un accroissement de l'enfermement, ce qui apparaît, en employant sa terminologie, comme un phénomène sans précédent.


Voyons, par exemple, comment se manifestent la menace, le désir de reconnaissance, l’ambiguïté et le changement total de position en face d'un phénomène donné, avec ce que nous expose Shoshana Zuboff au sujet de la naissance de Google.



Elle nous indique que Lary Page et Brin, alors jeunes hommes, fondateurs de Google, n'utilisaient pas la publicité. "Les premiers revenus de Google étaient fondés non sur la publicité mais sur l'octroi de de licences exclusives pour fournir des serveurs web à des portails Internet comme Yahou! ou Biglobe au Japon. Google générait aussi un modeste revenu à partir des publicités sponsorises liées aux mots clés des requêtes de recherche". p. 106


"Google avait relégué la publicité dans la troisième classe: son équipe AdWords comprenait sept personnes dont la plupart partageaient l'antipathie de ses fondateurs pour la publicité."105 Cette antipathie était peut-être due à e que la publicité n'était pas fondée sur une pratique scientifique d'où, lorsqu'ils eurent totalement changé de cap, leur volonté tenace de recourir à la science, à l'informatique.



Elle note que, au départ: "En dépit des craintes générales à propos de la viabilité de Google, le soutien de prestigieux investisseurs à capital à risque donnait confiance à ses fondateurs dans leur capacité à gagner de l'argent." Toutefois: "Cela changea brutalement en avril 2000, quand la légendaire économie de la bulle Internet entra en récession, et que le jardin d’Éden de la Silicon Valley devint; contrairement à toute attente l'épicentre d'un tremblement de terre financier". p. 106



"Beaucoup d'entre eux (investisseurs de capital à risque) commencèrent à douter des perspectives de Google et quelques uns menacèrent de retirer leur soutien à l'entreprise." 107 Cela engendra l'installation d'une grande menace: "Selon l'historien de Google, Steven Levy, 'les investisseurs criaient au meurtre, les années de jeunesse et d'inexpérience de la Tech avaient pris fin et il n'était pas certain que Google éviterait de finir à son tour comme un radis écrasé'."


Comme la publicité n'était pas totalement absente de leur pratique - on peut dire que le ver était dans le fruit fondant une ambiguïté - on comprend la suite des événements. "Page et Brin avaient été réticents à adopter la publicité, mais comme l'évidence montrait que la publicité pouvait sauver l'entreprise de la crise ils changèrent d'attitude." Il faut bien tenir compte que la menace les concernait aussi: " Sauver l'entreprise signifiait également se sauver eux-mêmes, échapper à un triste destin; n'être qu'un couple de jeunes gens très intelligents incapables de découvrir la manière de gagner vraiment de l'argent n'être que des players insignifiants dans la culture intensément matérielle et compétitive de la Silicon Valley.


La menace concernait aussi leur reconnaissance.


"Malgré tout leur génie et leurs idées de principe, Brin et Page ne pouvaient pas ignorer un sentiment croissant d'urgence. En décembre 2000, le Wall Street Journal fit un rapport sur le nouveau 'mantra' issu de la communauté des investisseurs de la Silicon valley: 'se contenter de faire preuve de l'aptitude à gagner de l'argent ne suffira pas pour rester un acteur de premier plan dans les années à venir. Ce qui sera exigé sera la capacité à afficher des profits soutenus et exponentiels." p. 109


En conséquence: "La réponse des fondateurs de Google à la crainte qui pesait sur leur groupe fut la déclaration effective d'un 'état d'exception' dans lequel il était jugé nécessaire de suspendre les pratiques et les valeurs qui avaient inspiré la fondation et les premières pratiques de Google." 123


Pour préciser comment ils purent sortir de la crise, Shoshana Zuboff cite "Michaêl Moritz, l'investisseur de Sequoia": Alors très ingénieusement, Larry (...) Sergey (...) et d'autres se sont fixés un modèle qui consistait en publicités classées et qu'ils avaient vu développé par une autre entreprise, Overture. Il ont vu comment ce modèle pourrait être amélioré et mis en valeur, comment ils pourraient se l'approprier, et cela a transformé leur business." p. 124.


L'amélioration consista en ceci: "Les matières premières qui jusque-là, avaient été utilisées uniquement pour améliorer la qualité des pages de résultat seraient désormais également utilisées pour aider la publicité à cibler les utilisateurs individuels. Quelques donnés continueraient à s'appliquer à l'amélioration du service, mais les réserves croissantes de signaux collatéraux seraient réaffectés à l'amélioration de la rentabilité publicitaires tant pour Google que pour les annonceurs. Ces données comportementales disponibles pour des usagers extérieurs à l'amélioration du service constituaient un surplus, et c'était en vertu de ce surplus comportemental que la jeune entreprise allait trouver le moyen de trouver les fameux 'profits durables et exceptionnels' nécessaires à sa survie." 110


"En d'autres termes, Google n'exploiterait plus les données comportementales dans le seul but d'améliorer le service aux utilisateurs mais pour déchiffrer l'esprit des utilisateurs en vue de faire correspondre les publicités à leurs centres d'intérêt, une fois ces centres d'intérêt déduits des traces collatérales du comportement en ligne." 114


Avant de poursuivre indiquons que depuis quelques années et surtout depuis l'affaire Linky suscitée par la mise en place d'un compteur électrique intelligent qui sera relayé par la série des objets connectés, nous passons - et cela va en s'accélérant - de la société de service à la société de l'asservissement, où l'ancien service sert de médiation à notre mise en sujétion. Cela est coévoluant avec le développement de l'assistanat.




Le surplus comportemental découvert, s'imposa alors rapidement le besoin de mettre au point des méthodes pour extraire le maximum de données comportementales ce qui fut réalisé grâce à un grand développement de l'informatique qui rendit possible de prévoir le comportement de l'utilisateur et, en quelque sorte, lui ravir le futur. Enfin pour le manipuler et viser à atteindre une certitude pour que l'annonceur atteigne au mieux l'utilisateur.



Dés lors s'est développé une dynamique de la toute puissance, de la mégalomanie qui a impliqué la substitution (dans ce cas, on fait à notre place): "...il (Page) répéta avec insistance qu'ils (les annonceurs) 'ne devraient même pas être impliqués dans le choix des mots-clés: Google les choisirait pour eux'". p. 109 Cette substitution opère pleinement du fait que hommes et femmes sont réduits et réduites à des ensembles de données à des traces, des informations, devenant des êtres formels.



La mégalomanie s'impose avec la manipulation qui commence dés que l'utilisateur entre en relation avec Google; ce qui peut se traduire ainsi: je te donne pour que tu te donnes (la plupart du temps à ton insu). Son action est constamment nécessaire afin de pouvoir éliminer, chez les concepteurs de Google, toute trace de dépendance et d'ambiguïté.


Nous devons à présent insister particulièrement sur l'innovation car c'est avec elle que l'espèce parachève sa sortie de la nature, en étant la manifestation extrême du progrès qui postule qu'on n'est pas, mais qu'on doit devenir. Elle implique une insatisfaction initiale qui est renouvelée lors de l'instauration de chaque stade du processus de progression. Elle se manifeste par le mépris des stades antérieurs, de même qu'elle induit le phénomène de l'obsolescence qui facilite son renouvellement. Hommes et femmes dans leur naturalité la redoutent, d'où la remarque de Sergey Brin qui, au contraire, l'exalte: " Les gens ont toujours une aversion naturelle pour l'innovation." 9



L'innovation est inséparable du devenir du capital qui, comme nous l'avons déjà dit, pour assurer la production d'un incrément, a conquis le futur qui devient le temps prédominant provoquant un déracinement de l'espèce par rapport à sa durée. En même temps l'immédiatisme triomphe: c'est possible, on le fait.



Le grand développement de l'informatique a conduit à faire de la science une entité hypostasiée toute puissante dont le but serait de produire des incréments de connaissance, des certitudes et, par là, inconsciemment, d'éliminer toute ambiguïté, une composante essentielle de la spéciose. Ajoutons que la certitude opère ici comme conjuration de la menace, autre composante de la spéciose, voire comme une substitution à celle-ci et précisons que la certitude dans ce cas est un phénomène discontinu, une certitude de quelque chose de défini, et non la certitude, phénomène continu qui implique la présence à la totalité. Concrètement cela a permis l'autonomisation de la forme capital dont nous avons amplement parlé et dont voici une manifestation récente: "Le capitalisme de surveillance est une forme sans limite qui ignore les distinctions anciennes entre marché et société, marché et monde, marché et individus." 681



De même sur le plan de l'individu: "Ce n'est pas notre substance qui fait l'objet de notre surveillance. C'est notre forme. Le prix qu'on vous propose ne dépend pas des sujets sur lesquels vous vous exprimez, mais de la manière dont vous vous exprimez. Ce n'est pas le contenu de vos phrases, mais leur longueur et leur complexité; ce n'est pas ce qu'il y a dans vos listes, mais le fait que vous en fassiez; ce ne sont pas les images mais les filtres et les niveaux de saturation choisis; ce n'est pas ce que vous exhibez, mais comment vous le partagez - ou ne le partagez pas; ce n'est pas où vous prévoyez de rencontrer vos amis mais comment vous vous y prenez: un laconique 'plus tard' ou un 'rendez-vous précis'? Les points d'exclamation et le choix des adverbes deviennent des marqueurs de votre moi intime, révélateurs et potentiellement compromettants." p. 372 Le vécu réel de l'individu est délaissé au profit des divers comportements, formes élémentaires de la forme de l'individu, ce qui implique le possible de la manipulation, de la substitution avec l'idée sous-jacente qu'à l'aide des divers marqueurs il est possible d'accéder à votre moi intime mieux que vous ne pouvez le faire.


Nous sommes perçus à travers nos formes, à partir des traces que nous laissons, comme si nous étions déjà morts, du fait d'une obsolescence accélérée. Nous sommes substitués par nos traces: " Au cours de nos existences quotidiennes, nous laissons des traces virtuelles derrière nous - enregistrements numériques des gens que nous appelons, des endroits que nous visitons, des choses que nous mangeons, des objets que nous achetons. Ces traces constituent un récit plus exact de nos existences que ce que nous choisissons de révéler de nous-mêmes [...]. Les traces numériques [...] enregistrent notre comportement tel qu'il se produit réellement." p. 561. C'est une citation de Alex Pentland professeur au MIT.



Et ces traces subissent une incarnation après avoir été vendues à des annonceurs; et une autre vie commence.



Le débouché de l'autonomisation de la forme capital et de l'innovation est la substitution. Celle-ci a commencé en fait bien avant l'instauration de celui-ci au début du mouvement économique qui se substitua aux relations humaines puis lors de son surgissement avec le remplacement de la nature par le marché et le naturel par le mercatel.



Voyons ce qu'il en est actuellement: "Au temps du capitalisme de surveillance, les "moyens de production" servent les "moyens de modification des comportements". Les processus automatisés remplacent les relations humaines et ceci pour que la certitude remplace la confiance." 471 Ce qui implique une non confiance dans les êtres humains.



"Le résultat, c'est que nos vies, à l'instar du monde, sont systématiquement restituées en informations." p. 252



Citons aussi: "Le corps est réduit à une série de coordonnées temporelles et spatiales dans lesquelles les sensations, les actions sont traduites en tant que données. Toutes choses qu'elles appartiennent ou non au règne du vivant, partagent le même statut existentiel dans cet enchevêtrement, entamant une seconde vie de 'ça' objectif, mesurable, indexable, navigable et rechargeable." p. 288



Et cela va même plus loin: "Ce nouveau Google assure ses clients effectifs qu'il fera tout ce qu'il peut pour transformer l'obscurité naturelle du désir humain en fait scientifique." p. 119. À nouveau la science apparaît comme productrice de certitude permettant d'engendrer des êtres manipulables pouvant subir une dynamique de substitution. Finalement l'homme n'est pas seulement remplacé par la machine mais, par suite d'une objectalisation, il est "substitué" en machine.



Ainsi pour échapper à la menace et à l'ambiguïté, les fondateurs de Google ont contribué à pousser à l'extrême le développement de la publicité. Mais rien n'est résolu, car la menace et l'ambiguïté se réimposent pour d'autres. "(...) les moyens d'avoir une vie effective que nous cherchons dans le royaume numérique nous arrivent désormais grevés d'une nouvelle sorte de menace. Sous ce régime nouveau, le moment précis où nos besoins sont satisfaits est aussi le moment précis où on pille nos existences pour des données comportementales, et tout cela au profit d'autres. Il en résulte un amalgame pervers et inextricable d'autonomisation et d'amoindrissement". p. 82



Toute la dynamique de substitution est le résultat de la mégalomanie, phénomène spéciosique, rappelons-le, affectant l'ensemble de l'espèce, soit directement, les dominants, soit indirectement, dans la représentation, par le détour de la servitude volontaire, les dominés, et cela depuis des milliers d'années. Elle implique le monopole, l'accaparement, l'hyperindividualisme, le mépris des autres et l'inimitié. Ce qui la structure fondamentalement c'est la coupure de continuité, le refus de la dépendance et de la culpabilité, la solitude compensée par la présence de dépendants, et n'est pas dénuée totalement d'ambiguïté.



Les mégalomanes postulent l'inévitabilité d'un devenir donné et donc d'un despotisme inséré dans le réel."Un architecte de systèmes chevronné a présenté l'impératif en des termes plus clairs: 'L'Internet des objets est aussi inévitable que la conquête de l'Ouest. C'est la Destinée manifeste, 98 % des choses dans le monde ne sont pas connectées. Alors on va s'en charger. On va connecter la température et le taux d'humidité du sol. Ou votre foie. Parce que cet Internet des objets c'est le vôtre. L'étape suivante, c'est savoir ce qu'on fait des données. On les visualisera, on en tirera du sens, on les monétisera. Cet Internet des objets, c'est le nôtre." pp. 305 - 306.10



Ils visent aussi à échapper au réel, à la naturalité. Yuval Noah Harari, dans son livre Homo deus - Une brève histoire du futur, Ed. Albin Michel, nous indique comment le phénomène de la mort est envisagé dans les milieux scientifiques qui considèrent que tout être vivant est un "assemblage d'algorithmes organiques façonnés par la sélection naturelle au fil des millions d'années d'existence." p. 343



" La science et la culture modernes ont une autre approche de la vie et de la mort. Elles ne voient pas en elle un mystère métaphysique et certainement pas la source du sens de la vie. Pour les modernes, la mort est plutôt un problème technique que nous pouvons et devons résoudre." p.33



"Les humains meurent toujours des suites d'un problème technique." p. 34 Que va-t-on nous proposer comme substitution à la mort?



"Puisque la mort viole clairement ce droit (à la vie, n.d.r), la mort est un crime contre l'humanité. Nous devons mener contre elle une guerre totale;" , p. 32 Comme s' il s'agissait d'un virus11. Mais est-ce qu'on pourra se faire vacciner contre la mort?



En conséquence: "(...) Google a lancé une filiale, Calico, dont la mission déclarée est de "résoudre le problème de la mort". Google a dernièrement nommé un autre convaincu de l'immortalité, Bill Maris, à la tête du fonds d'investissement Google Venture. Dans une interview de janvier 2015, Maris déclarait: 'Si vous me demandez aujourd'hui s'il est possible de vivre jusqu'à cinq cents ans, la réponse est oui.'" p. 35 et il pense même qu'il pourra atteindre l'immortalité



Une telle déclaration est une affirmation d'hyperindividualisme où l'individu ne réalise en rien les conséquences de celle-ci particulièrement en ce qui concerne la surpopulation et la négation potentielle des générations à venir.



Voyons comment elle se manifeste dans la dynamique de la substitution du vivant. Pour cela faisons appel au livre de Pièces et main d’œuvre (pmo) Alertez les bébés! Objections aux progrès de l'eugénisme et de l'artificialisation de l'espèce humaine, Ed. Service compris



Le point de départ est une manifestation d'hyperindividualisme. "Un enfant si je veux, quand je veux" implique la non prise en compte de l'autre, voire sa négation, et qu'il n'a pas à intervenir dans la genèse d'un nouvel être. En même temps cela préannonce la répression que celui-ci subira, sa volonté devant être soumise à celle de sa mère.



La négation de l'enfant est manifeste également pour les couples homosexuels qui veulent en avoir un grâce aux pratiques de grossesse pour autrui et de procréation médicalement assistée en plus de l'escamotage des traumatismes pour les mères donneuses.



Outre avoir "un enfant si je veux, quand je veux", il faut que celui-ci soit en quelque sorte parfait, particulièrement apte à vivre dans un monde où prédomine l'inimitié et, là, interviennent les manipulations génétiques qui vont permettre de "Remplacer le naturel par le planifié". p.5112 En ce cas, nous constatons la convergence entre biologie et informatique puisque l'ADN est manipulée en recourant à des couper, copier, coller, pour "Réécrire le code de la vie" p. 44. D'autres biologistes insatisfaits pensent substituer l'ADN normal à quatre bases par un autre à 6 !



Justification et pénurie d'amour. "Peut-être l'amélioration germinale conduira à plus d'amour et d'attachement parentaux. Peut-être certains pères et mères trouveront plus facile d'aimer un enfant qui, grâce aux améliorations génétiques, sera brillant, beau et en bon ne santé13. 55



Revenons à la gestation et au destin de l'enfant qui sera encore plus séparé de sa mère."Très vite, la gestation extra-corporelle deviendra la norme. Les pratiques de "mères porteuses" et de PMA en dehors des structures familiales reconnues par la société ont déjà rompu le lien immémorial entre un bébé et la femme qui l'a porté. (...) L'utérus artificiel achèvera la libération sociale des femmes en les rendant égales aux hommes devant les contraintes physiologiques inhérentes à la procréation14." 122 En ce qui concerne la libération, j'ai dans "Ce monde qu'il faut quitter" montré qu'une libération pouvait correspondre à une perte comme cela apparaît bien dans l’œuvre de Leroi-Gourhan. Je n'y reviens pas. Mais il y a plus: des fonctions biologiques sont traitées comme des contraintes. En ce cas respirer pourrait être considéré comme une contrainte dont il faudrait se libérer en lui trouvant une prothèse adéquate15.



Une telle approche ne nous étonne pas du fait qu'en définitive les scientifiques considèrent que tout homme, toute femme est potentiellement malade et que donc il ou elle doit recevoir des soins, des traitements comme s'il ou elle l'était effectivement. À travers ce comportement, on voit émerger le despotisme de la science (des scientifiques) rendu possible par l'autonomisation du procès de connaissance et le renversement en acte qui fait que ce procès originellement utilisé par l'espèce pour mieux s'adapter, puis pour réaliser et justifier sa sortie de la nature, en vient à la conduire à l'extinction. Ce devenir est en relation au fait que la science est un connaissance distanciatrice et non empathique.


La dynamique de substitution investit toutes les fonctions vitales, ainsi les spermatozoïdes ne seront plus engendrés par les testicules mais produits à partir de cellules souches de la peau ce qui peut mener à une reproduction sans sexualité. En outre le corps étant le siège de la souffrance, il faudra vivre sans lui. Dans les deux cas s'imposent fortement la dimension spécio-ontosée. Les divers mégalomanes partisans de ces substitutions ont subi un forte répression parentale qui les mirent dans la dépendance et leur causèrent de grandes souffrances. C'est ce qui est cause aussi de la perte de sensibilité et de l'empathie qui les amènent à considérer les embryons comme du simple matériel biologique et à les manipuler de façon abominable: "On déshydrate l'embryon et on remplace l'eau de ses cellules par des substances cryoprotectrices à concentration élevée, avant de l'immerger dans l'azote liquide à -196°." 132 Il y a "oubli" que tout ce qui est vivant est sensible et doué de mémoire. Qu'est-ce qui pourra s'imposer inconsciemment à un être humain résultant du développement d'un tel embryon? Est-ce cela la vie?


PMO font cette remarque p. 94 : "Quelle est cette prétendue liberté dépendante d'un marché qui impose sa loi, d'un appareil techno-industriel qui dicte ses procédures et d'une technocratie qui nous force à suivre la course de l'innovation? Le triomphe de l'asservissement." C'est le triomphe du mécanisme infernal: hommes et femmes pensent sortir de la dépendance mais en fait, au bout de diverses péripéties, ils en reproduisent une autre et le risque d'extinction.



Nous avons vu qu'avec L'âge du capitalisme de surveillance Shoshana Zuboff nous décrit un monde où les êtres humains ne sont plus considérés selon leur intériorité mais selon leur comportement. Cela résulte de la mise au point d'une théorie, d'une technologie du comportement exigeant un développement scientifique (informatique surtout) de plus en plus performant, se nourrissant d'innovations constantes, et où l'individu lui-même est conduit à se saisir à travers ses comportements, devenant un ensemble de ceux-ci, une forme qui peut être manipulée et recevoir n'importe quel contenu. La "société" est totalement prédominante sur les individus, mais ce sont des scientifiques qui "la déterminent", réalisant l'utopie scientifique déjà envisagée par les cybernéticiens au milieu du siècle dernier.



Or, avec des modalités différentes, c'est avec la lutte contre le covid 19, une dynamique similaire qui nous est proposée. Les divers chefs d'entreprise misent sur la science pour enrayer l'épidémie et, au nom de celle-ci, nous imposent une forme de despotisme à travers la suggestion d'une servitude volontaire. C'est la science qui doit nous suggérer nos comportements.  C'est en fait une utopie similaire et convergente à la précédente qui se met en place. J'ajoute à cela qu'avec la première du fait de la dépendance, il y a une régression des capacités du système immunitaire et, d'autre part, il n'y a aucune préoccupation au sujet des incidences du développement énorme d'Internet sur la destruction de la nature.



Le devenir de l'espèce mégalomane peut-il être enrayé par le sars covid 2, de telle sorte que tout se passerait comme si par l'intermédiaire de ce virus le procès de vie tendait à éliminer l'espèce. C'est une possibilité. Toutefois il faut envisager dans sa totalité ce qui advient de nos jours; la destruction de la nature, la dérégulation du climat et la folie de l'espèce. Les trois sont liés mais le troisième est l'agent causal du tout. En conséquence pour nous mettre hors extinction il faut que homo sapiens se libère de, échappe à sa folie. Aucune thérapie n'est possible. Seule une immense inversion le pourra, et je rappelle à ce sujet qu'on ne part pas de rien, puisqu' on peut déjà noter des ferments de celle-ci, et qu'il existe une longue, très longue tradition du refus de l'errance dont nous avons toujours tenu compte et dont nous avons étudié la dernière phase, celle du mouvement prolétarien.



L'inversion ne nous dispense pas d'opérer une vaste investigation au sujet de la folie. En fait elle la réclame et il nous faut réellement prendre en compte les discours et les gestes des fous, en n'oubliant pas qu'une expression fondamentale de la folie est une dissociation entre le geste et la parole. Ils ont beaucoup à nous apprendre. Je ne puis exprimer au mieux ceci qu'en reportant la conclusion du livre de Harold Searles: L'effort pour rendre l'autre fou, Ed. folio essais.



"En résumé, je pense qu'il n'y a pas jusqu'aux manifestations de schizophrénie les plus 'folles', comme si elles provenaient véritablement d'un autre monde, qui ne se révèlent finalement pleines de sens et ne s'avèrent avoir un rapport avec la réalité non seulement en tant que réactions transférentielles au thérapeute, mais même en tant qu' identifications délirantes à des aspects réels de la personnalité du thérapeute. Lorsqu'on commence à percevoir ces significations dans le comportement du schizophrène , on se rend compte non seulement qu'il fait maintenant partie de la famille humaine, mais qu'en fait il n'en est jamais vraiment sorti: ce qui lui fait défaut, c'est quelqu'un qui, tout au long, eût été assez avisé et perspicace pour le savoir et assez courageux pour le reconnaître." p. 69616



Ce qui se comprend amplement du fait que tout homme, toute femme, a subi la répression parentale17 génératrice de l'ontose et donc la coupure de continuité, la perte de concrétude et d'immédiateté, causes de mise en solitude, contre laquelle, par exemple, le schizophrène opère en essayant de rendre l'autre fou.



L'inversion plénière ne peut accéder à une réalité que si on vise à rétablir la continuité entre tous les êtres humains, sains ou fous.







Camatte Jacques



Mars 2021




1 Cf. Le phénomène de la valeur


2 Le verbe auslöschen, participe passé ausgelöcht, signifie éteindre, étouffer. De ce fait je traduis par disparaît, car s'évanouit est trop faible. On revient d'un évanouissement mais non d'une extinction.


On peut considérer que déterminité (Bestimmheit) signifie aptitude à engendrer une détermination. En conséquence, si elle disparaît, le prolétaire perd sa détermination (Bestimmung) de travailleur;



3 Je mets des guillemets parce que si je suis en accord avec le contenu, je n'accepte pas le concept. Il en est de même pour capitalisme de l'information


4 Ce livre est fort intéressant par la foule de renseignements qu'il fournit mais non sur le plan théorique. D'une part parce qu'il est question du capitalisme alors que le capital a disparu depuis les années 90, d'autre part parce qu'il y a multiplication des capitalismes: de surveillance, rationnel, de l'information, numérique, voyou (p. 37), etc, parce qu'il y a insistance sur l'accumulation qui en serait leur caractéristique. Enfin il me semble qu' il conviendrait mieux de parler de contrôle plutôt que de surveillance.


5 "Le biopouvoir est un type de pouvoir qui s'exerce sur la vie: la vie des corps et celle de la population. Selon Michel Foucault, il remplace peu à peu le pouvoir monarchique de donner la mort. L'exercice de ce pouvoir constitue un gouvernement des hommes; avant de s'exercer à travers les ministères de l'État, il aurait pris racine dans le gouvernement des âmes exercé par les ministres de l'Église. " Wikipedia


6Cf. Le mouvement du capital. Pour tout ce qui concerne ce dernier se reporter à ce texte si c'est nécessaire.



7 Voir Index, page d'accueil du site, ainsi que Interpellation. Le mur sur lequel est inscrite l'injonction symbolise parfaitement l'enfermement. Or depuis longtemps et jusqu'à nos jours, les hommes édifient des murs pour se protéger et exclure.



8 Ces deux paragraphes font partie du texte Point d'aboutissement actuel de l'errance. Je les reporte ici afin de faciliter l'exposé; le lecteur ayant ainsi directement les éléments nécessaires à la compréhension de la spéciose. J'ajoute que ce texte, plus Instauration du risque d'extinction, Inimitié et extinction, plus celui actuel, forment un tout définitif dont le titre serait Inversion ou Extinction.



9 C'est une citation faite par Shoshana Zuboff, o.c.p. 217



10 Voir aussi: "La Silicon valley est l'axis mundi de l'inévitabilisme. Tous se rejoignent sur ce point - les pontes de la communication high tech, la littérature spécialisée, les experts: tout sera tôt tard connecté, accessible à la connaissance et à l'action. L'ubiquité et ses conséquences en termes d'information totale sont articles de foi." 303 et 343



11 La pandémie de covid 19 a donné lieu à un déchaînement belliqueux et grotesque visant à masquer peur et incompréhension, accompagné de beaucoup de répression qui permet toujours de se rassurer.



12 Les auteurs citent le propos d'un transhumaniste: J. Hughes



13 Nick Boston, "A Transhumanist Perspective on Human Genetic Enhancements".


14   H. Atlan, L'utérus artificiel, Le Seuil, 2005.


15 Dans cette phrase de PMO, p. 110: "Ils troquent la contrainte naturelle, objective et impersonnelle pour l'asservissement au système clinicien et à ses pilotes." que désignent-ils par contrainte naturelle?




16 Harold Searles a également écrit L'environnement non humain où il traite aussi de la schzophrénie. Les deux livres se complètent admirablement.



17   John Steinbeck a écrit: "La plus grande terreur qu'un enfant puisse avoir c'est de ne pas être aimé; il craint plus que tout au monde d'être repoussé. Chacun l'a été , à un degré plus ou moins grand. De là naît la colère, et la colère pousse à un crime quelconque pour se venger, et avec le crime vient la faute. C'est l'histoire de l'humanité. Si l'homme n'était pas repoussé par ceux qu'il aime, il ne serait pas ce qu'il est. Peut-être y aurait-il moins de déséquilibrés. Et je suis sûr que les prisons ne seraient plus nécessaires. C'est là qu'est le commencement." John Steinbeck, À l'Est d’Éden. Ed. Mondiales, Traducteur Jean-Claude Bonnardot. p. 288