MANUEL DE SURVIE

 

 

 

 

Ιl est temps d'aller au-delà de l'aversion dégoûtée qui connote la «survie» ; il faut dépasser la phase de l'exorcisme et rendre visibles les lignes de force de la vraie guerre. La « survie » a pris, dans la critique radicale, une signification d'horreur - organisation des apparences, non vécu, irréali quotidienne - qu'il est hors de question de réfuter: ί1 s'agit, bien au contraire, de prendre cette connaissance de 1'horreurde la survie pourpoint de départ de la vraie guerre. Ι1 incombe alors ά la lutte pour la survie, à l'effort qu'il faut mobiliser pour ne pas succomber physiquement, d'être ά même de traverser le quotidien et ses déserts sans céder aux lieux communs du désemparement existentiel. Quiconque a tenté, dans l'immédiateté et l'isolement, de se conquérir une «condition de vie» - dépassement irréversible d'une non-essence tout aussi irréversίblement reconnue - sait désormais, s'il n'y a pas laissé sa peau, combien une telle illusion est empoisonnée, et à quel point, de 1a présomption de « se libérer »,1'ennemίfaίtson arme deprédίlectίonpour convertir en faiblesse tout lieu -force, tout lieu d'intentions.

 

Dans Apocalypse et révolution, Gianni Collu et moi avons ébauché les termes essentiels d'une crίtique de la «politique », qui, tout en reconnaissant dans la «politique» les structures réifiées de l'idéologie, introduisait à un élargissement de l'optique radicale, qui se voulait ouverture du champ de la critique à une dimension totale de l'affrontement en cours, défini comme le processus de 1a révolution « biologique ». Comme nous l'avons indiqué, c'était là un écrit d'occasion, provoquépar un certain « Rapport du Μ. Ι. Τ. » (Les limites duveloppement), mystification des sciences les plus «nouvelles» du capital qui anticipait quand même 1σ partition qui allait être jouée un peu plus tard sur la « scène de l'histoire», et y être souvent reprise. Dans ce Manuel de Survie, le discours se poursuit, pour ma part, sur une ligne qui, malgré la position de retrait rendue nécessaire en cette occasion, entend que s'y coηfirme une continuité cohérente, non seulement avec le pamphlet et ses thèmes, mais encore avec tout ce qui a pu émerger de critίquement radical, autour de nous et hors de nous, que cela ait été remarqué οu soit resté semi-clandestin. Ce texte est encore lui-même k court terme ; et son occasion est ce que je souhaite au lecteur de trouver en lui: le lien qui combine sa condition et sa révolte contre 1'« état des choses » en train d'émerger dans la dimension générale.

 

Gianni Emίlio Simonettί m'a apporté une aide fructueuse, tant pour définir la structure du livre que pour revoir le manuscrit, dans le cours d'une relecture critique et de sa discussion commune. Beaucoup de thèmes traités ici son tpar ailleurs un développement de contributions qui me sont venues de 1a fréquentation et de l'amitié de Giannί Collu, en dépit des raisons contingentes qui, durant la rédaction même du texte, lui ont interdit un apport direct et une confrontatίon critique. Enfin, ce que j'expose ici je saisis l'occasion d'en renouveler l'engagement - sera approfondi et élargi dans cette Critique de l'Utopie-capital[1], à laquelle je travaille depuis longtemps et qui, vu les conditions guère aisées de mon processus propre, ne se profile que comme objectif relativement lointain.

 

 



[1] Critica dell'utopia capitale, vol / a cura di Νani e Guido Cesarano, Piero Coppo, Matteo Deichmann, Joe Fallisi, Varani Editore, Milan, 1979.[Note du traducteur]

   Une autre édition plus complète a été ultérieurement publiée en tant que volume III des œuvres complètes: Giorgio Cesarano, Critica dell'utopia capitale, a cura del centro d'iniziativa  Luca Rossi, Colibri edizione, Milano, 1993.