Instauration du risque d'extinction








Dans une première approche, l'importance exceptionnelle accordée aux effets pathologiques liés à l'infection par le coronavirus, apparaît comme un bon moyen pour masquer le phénomène essentiel en acte: la destruction de la nature et la remise en question du procès de vie organique sur terre. Il s'agit de la disparition de milliers d'espèces et de l'enraiement de ce dernier en acte depuis prés de quatre milliards d'années, conduisant à une immense extinction. Or la terre est un corps céleste exceptionnel et aucun autre semblable n'a été découvert à des milliers d'années-lumière. Comment l'espèce peut-elle escamoter un tel événement, si ce n'est à cause de sa folie, enfermement dans un devenir, une errance, devenant incapable d'imaginer autre chose, particulièrement une issue. Elle ne se préoccupe que d'elle-même ignorant que ce qu'elle subit est une conséquence de sa dynamique de séparation de la nature et de son inimitié1 tant interspécifique, qu’infraspécifique.


Cette dynamique de masquage est vraie, évidente, mais cette affirmation n'implique pas une sous-évaluation du phénomène que nous subissons. C'est sur quoi nous voulons insister et nous désirons ne pas séparer les deux phénomènes mais au contraire intégrer ce qui concerne l'espèce dans le devenir de la totalité du phénomène vivant.


Le caractère le plus important de cette pandémie c'est sa contagion extrêmement forte à cause du virus lui-même mais surtout du fait de la surpopulation et de la destruction de la nature diminuant le nombre des espèces hôtes possibles. Elle est vécue comme une terrible menace.


Or à divers moments de leur procès de vie hommes et femmes se trouvent, consciemment ou inconsciemment en présence de la menace qui dans certains cas peut se manifester comme une menace bien déterminée. Et ceci opère tant au niveau individuel qu’au niveau d’un groupe plus ou moins important, au niveau d’une ethnie, d’une couche sociale, ainsi qu’au niveau d’une nation et, enfin à celui de l’espèce. Celle-ci se trouve logée dans son monde, dans la nature voire dans le cosmos, comme dans une matrice dominée par la menace, déterminée et structurée par elle - en rapport à des phénomènes naturels destructeurs - au cours de milliers d’années, celle du risque d'extinction2. Ce n'est pas seulement la contagion qui détermine la réinstauration du risque, d'un risque encouru il y a plus de cent mille ans3, mais les mesures qui sont prises pour l'enrayer.


Donc, viennent à se sommer un risque pour l'espèce et un risque pour l'ensemble du monde vivant, la sixième extinction envisagée il y a déjà plusieurs années par R.Leakey4, ce qui renforce encore chez Homo sapiens la menace inconsciente de l'extinction, avec prépondérance surtout dans l'immédiat du phénomène la concernant, tandis que l'autre est le plus souvent occulté selon la dynamique de masquage sus-indiquée.


Que révèle la contagion, fondant cette pandémie, ainsi que les mesures protectrices qu'elle suscite? On peut parler à ce sujet d'apocalypse ne serait-ce que pour signaler le rejouement puisque ce mot indique justement la révélation d'une destruction possible mais aussi le moyen d'y échapper.


L'échec de la sortie de la nature puisque l'espèce n'est pas parvenue à échapper à la menace et à atteindre la sécurité, en dépit d'une série de séparations pour se protéger.


La fin de la négation totale de la communauté originelle par suite de sa fragmentation au cours des millénaires avec la phase finale du procès de séparation et le déploiement de l'hyperindividualisme se manifestant comme une compensation à l'évanescence de l'individu. De nos jours, les racketts et la grégarité sont les résidus aberrants de la communauté


La fin du recouvrement et la mise à nu de la déréliction, ainsi que la manifestation du numen, du sacré, de ce qui engendre fascination et effroi, et la révélation de la vulnérabilité5.


L'instauration du risque d'extinction - on ne s'affronte plus simplement à la menace mais au risque lui-même - se présentant comme la sommation des deux phénomènes précédents sus-indiqués, nous ne pouvons pas les traiter séparément et notons, en premier lieu, qu'affirmer qu'il s'agit d'un risque implique que normalement l'extinction ne se réalisera pas. Toutefois au cours des milliers d'années qui nous séparent de l'événement initial, des données imprévues ont pu s'imposer et faire en sorte que du risque on puisse passer à la certitude. La donnée imprévue, la plus importante et difficilement maîtrisable est peut-être la folie de l'espèce qui la rend incapable d'envisager un autre développement que celui qu'elle a adopté (enfermement). D'où la nécessité d'une écoute à la fois historique et actuelle pour être vraiment présent à ce qui advient ce qui permet d'actualiser un comportement adéquat.


L'étude de l'origine de la maladie nous révèle qu'elle a eu une "incubation" assez longue, support de confusion. En effet elle a été précédée par le syndrome respiratoire aigu sévère SRAS surgi en Chine (2002-2003) et qui a touché 29 pays. Le virus de covid-19, le SARS-cov2 pourrait dériver de celui qui a causé le SARS. D'autre part, il y a peut-être un lien avec le Syndrome de détresse respiratoire aiguë connu depuis assez longtemps et repéré effectivement en 1967. Il est parfois également fait mention du Syndrome respiratoire du Moyen-Orient dû aussi à un coronavirus MERS- Cov, transmis par le chameau et qui, depuis 2012 toucherait quelques pays en dehors de l'Arabie Saoudite. Ceci suggère que la maladie actuelle a une assise profonde et étendue d'autant plus que les coronavirus constituent une vaste famille de virus pouvant provoquer des maladies diverses, allant du rhume banal au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Il devient le virus par excellence.


Les conditions de vie étant ce qu'elles sont et similaires dans tous les grands centres citadins, est-ce que dans chacun de ces centres le virus de la covid 19 ne trouverait-il pas la possibilité d'émerger à partir d'un virus "apparenté" préexistant? On aurait une forme de production endogène. Je pense à cela à cause de la vitesse de propagation de la maladie et parce que celle-ci révèle l'état de délabrement6 en lequel se trouve l'espèce. Cela n'implique pas, au cas où cette hypothèse s'avérerait juste, qu'il faudrait abandonner le confinement, mais cela imposerait de se préoccuper simultanément encore plus des causes profondes de cette maladie au-delà du parasitage par le virus. Celui-ci en vient à être le support de tout mal. On entend dire souvent: je ne vais pas bien, j'ai dû attraper un virus. Mais il y a toujours ambiguïté au sein de l'espèce spéciosée. Ainsi de quelqu'un qui s'adonne avec passion à une activité donnée, on affirme il a le virus du ou de. La malignité de cet être se retrouve dans le domaine de l'artificialité avec les virus informatiques divers. Fort curieusement Stephen Hawking, physicien et cosmologue, voulait, parait-il, qu'on les considère comme des êtres vivants, révélant ainsi une ambiguïté en formation, rejoignant une autre qui serait naturelle, selon la représentation en place, qui considère le virus à la fois vivant et non vivant en fonction du support sur lequel il se trouve. Mais du fait même de la diabolisation dont il est le support, son rôle essentiel au sein du procès de vie est totalement escamoté. Pour le signifier il nous faut remonter aux origines de ce procès à l'époque de ce qui fut nommé la soupe primitive, où régnait un continuum vital. Il n'y avait pas de séparation et la continuité était immédiate. Quand les cellules apparurent, leurs membranes imposèrent des séparations s'opposant à la continuité. Les virus furent les éléments vivants, discrets qui permirent de rétablir la continuité à partir du discontinu en permettant des transferts de certains êtres vivants à d'autres et le procès de vie en sa totalité put continuer, car ce qui évolue ce ne sont pas seulement des espèces isolées mais l'ensemble du monde vivant qui doit conserver sa cohérence. Les généticiens ont mis en évidence la présence d'un grand nombre de virus intégrés dans notre génome signalant leur contribution à l'édification de celui-ci. Autrement dit, s'il y a continuité ils peuvent opérer mais sans parasiter. En revanche si celle-ci est remise en cause ils peuvent devenir parasites. Et là, encore on doit tenir compte de la totalité pour pouvoir l'affirmer, car une foule de relations sont opérantes dont en particulier celle intervenant dans la dynamique de révélation d'un état donné, tandis que d'autres peuvent nous échapper. Or, du fait de son mode de vie Homo sapiens a opéré diverses discontinuités dont la plus importante est celle avec le reste de la nature, d'où la multiplication des maladies virales. Faire des virus les supports du mal (des maladies) c'est encore entériner la séparation et l'inimitié, surtout quand on les associe à des espèces qui seraient leurs vecteurs comme dans le cas du covid 19, les chauves-souris et les pangolins. Or ces derniers, du fait de l'action humaine, sont en voie d'extinction! Mais cela recèle une ambiguïté: faire des autres êtres vivants les responsables de nos maladies implique de penser que nous sommes passifs, voire inessentiels! L'espèce virtuose de la manipulation se projette dans les autres et considère que le virus la manipule. Or il est supposé que le SARS - Cov 2, le virus de Covid-19 dériverait d'une manipulation en laboratoire comme l'affirme Luc Montagner. Une même affirmation fut faite à propos du virus, non encore connu, du sida.


Les symptômes de covid-19 sont très divers et certains ne se sont manifestés que récemment comme les troubles cardiaques ou les réactions inflammatoires excessives comme les orages de cytokines signalant un dérèglement du système immunitaire, les troubles du comportement en rapport à des atteintes au cerveau, l'inflammation endothéliale systémique7 et encore plus récemment la formation de caillots impossibles à éliminer, obligeant dans certains cas à des amputations.


Cette grande diversité est liée au fait que la maladie révèle en fait des dysfonctionnements antérieurs au sein de l'espèce ainsi que son obsolescence, et ceux causés par elle au sein de la biosphère. Elle est plus qu'une maladie car, en tant qu'opératrice de révélations, elle s'impose, en tant qu'apocalypse. Mais, répétons-le la cause n'en est pas le virus mais l'état de l'espèce.


À la suite du bouleversement lié à Mai 1968 j'ai axé ma réflexion et mon investigation sur d'une part le maintien d'une perspective "émancipatrice" avec l'affirmation d'une invariance au sein de l'espèce d'un courant porteur d'un projet de réémergence de la communauté humaine, d'autre part sur la mise en évidence de la dégénérescence de l’espèce liée au développement du capital et à l'autonomisation de sa forme8. Dix ans après je constatais: "Nous sommes parvenus à un stade d'épuisement de l'humanité et de la nature; d'où s'ouvre à nous l'ère des catastrophes." Précisions après le temps passé. Invariance, série III, n°5-6, p. 359.

À posteriori on constate que le commencement de cette ère est contemporain avec la fin du mouvement prolétarien dans les années 80. Elle fut elle-même une immense catastrophe et c'est d'ailleurs ainsi que nous l'avons vécue, contemporaine de l'accélération de la destruction de la nature, particulièrement les forêts. En effet la disparition du prolétariat a eu un effet comparable à la réduction extrême des forêt: perte de toute régulation du système économique avec l'accroissement indéfini de la production, comparable à la perte du phénomène de compensation permettant une régulation du climat10. C'est pourquoi au cours de ces années j'ai étudié comment le devenir de la société-communauté en place avait pour impact une dégénérescence toujours plus poussée de l'espèce. Ce qui fut essentiel pour cela ce furent toutes les techniques de manipulation qui utilisèrent persuasion, séduction, comme la communication, l'information, la publicité avec les médias correspondants car elles eurent toutes un impact important sur le système immunitaire pouvant aller jusqu'à sa dépression. action complétée par celle des drogues. Cela a opéré aussi dans la dynamique d'assimilation et d'intégration sans oublier sa constante opérationnalité au cours des siècles dans l'éducation et dans l'enseignement11.


Ainsi nous pouvons répondre à la question: qu'est-ce qui cause la grande dangerosité de cette maladie? C'est qu'elle arrive en fin de parcours, comme la conclusion d'un immense procès de fragilisation de l'espèce liée tout particulièrement à un dérèglement de son système immunitaire dont l'importance est considérable, assurant un procès de connaissance inconscient complémentaire de celui conscient.


"De l'ensemble des articles de ce n° consacré à Les défenses du corps humain, il émerge en définitive que le réseau immunitaire ne sert pas uniquement à la défense de l'organisme, mais serait un système d'intégration, de positionnement de celui-ci dans le continuum vital, qui fonctionnerait d'ailleurs en symbiose avec les milliards d'organismes (principalement les bactéries) présents dans le corps de tout homme et de toute femme12.


On comprend que de multiples atteintes à ce système puissent se traduire par une grande difficulté d'être présent à soi-même et au monde qui est une composante de la spéciose13, d'autant plus que la coupure d'avec le reste de la nature a engendré la solitude de l'espèce et que la destruction de celle-là a pour conséquence l'impossibilité d'être reconnu. Durant une longue période elle a pu diminuer cette solitude grâce à la surnature en recourant à toutes sortes de divinités et, surtout avec le monothéisme, à l'aide de Dieu. La faiblesse de ce dernier, son évanescence, remet l'espèce en déréliction.


Ainsi les causes essentielles de la pandémie sont la spéciose précédemment citée dont la manifestation la plus extrême est la perte de la sensibilité, de l'affectivité cause et résultat de la perte de la continuité et la régression de l'empathie,  la surpopulation14.


Cette perte concerne le rapport à l'autre en général, le retentissement de l'autre sur soi accroissant l'hyperindividualisme qui exprime bien la coupure de continuité impliquant la dimension de la puissance de vie, la disparition de l'écoute.


Le déploiement de la maladie et les mesures visant à l'enrayer, à l'éradiquer - remettant en cause tout le mode de vie - révèlent tout ce qui affecte négativement l'espèce et met en évidence tout particulièrement la nocivité de se séparer pour se sauver.


Ce qui est révélé en premier et de façon qu'on pourrait dire explosive est l'inimitié qui se présente à la fois comme un comportement et une affectation, mais aussi comme un schème de connaissance15. Dés le début il a été proclamé: nous sommes en guerre. Dans cette proclamation perce la nostalgie des périodes guerrières où l'individu peut soit-disant donner le meilleur de lui-même et où la vie acquiert un sens, parce qu'il est possible alors d'accéder à soi. En outre l'état de guerre permet aux dominants de justifier les divers mesures de répression, d'enrayer les possibilités pour les dominés de se manifester, comme cela se vérifie avec l'imposition du confinement qui, prolongé aboutit à une forme d'asphyxie. À ce propos je communiquerai la remarque profonde que m'a transmise Cristina Callegaro au sujet des troubles provoqués par le covid-19: "Toutes ces personnes qui suffoquent, qui ne parviennent plus à respirer, qui manquent d'oxygène, c'est comme une peur radicale, absolue. Cela semble un revécu de naissance, d'une naissance lourdement traumatisante qui a son tour récapitule la terreur de l'anéantissement de l'espèce." Cela indique également la difficulté, voire l'impossibilité, d'opérer l'inversion qui peut se présenter et se vivre comme une naissance.


La contagion par le Covid-19 et le confinement qui  s'en suit, ne traduisent-ils pas le refus inconscient de l'autre, surtout au sein des populations qui subissent une trop grande proximité forcée, par exemple dans les transports, dans les rues surpeuplées, ou même dans des appartements exigus? Normalement nous ne sommes pas limités à notre corps mais nous sommes entourés d'une bulle analogue à une cavité amniotique limitée, donc par un amnios. Le franchissement répété de celui-ci rend le vivre très mal aisé, c'est comme si l'individu perdait son idiosyncrasie, ses repères et même sa trace. Où se trouve-t-il? Et l'on peut penser que les trous opères dans "l'amnios", sont des portes par où un virus peut s'introduire.


Cette remarque sur l'importance de la cavité amniotique et de l'amnios m'a été suggérée par la lecture des œuvres de Varenka et Olivier Marc, particulièrement Premiers dessins d'enfants. Ed. Nathan. En effet d'après ce qu'elle et qu'il exposent j'en suis arrivé à la conclusion que cavité amniotique et amnios étaient reconstitués par la présence enveloppante de la mère qui, par là-même, permettait à l'enfant d'édifier sa propre bulle, grâce au cordon ombilical constitué par la continuité entre lui et sa mère. On peut dire que c'est un moment important entrant dans la réalisation de l'haptogestation.16 Et tout ceci, il faut le mettre en relation avec la perte de toute communauté qui rend les individus extrêmement fragiles, et j'ajouterai que probablement la bulle, et donc l'amnios, étaient les restes de la dimension communautaire au niveau de l'individu.


Revenons à la manifestation de l'inimitié, la proclamation de l'Union sacrée - complément à celle de la guerre, équivaut à la mise en œuvre d'une forme de répression, complétée souvent par une auto-répression, visant ceux et celles qui sont en désaccord. Elle tend à abolir les différences, plongeant la population dans un état de d'indifférenciation qui est une forme de cancer17.


Cela permet à l’État de récupérer une certaine importance en se faisant gérant de la thérapeutique, voire thérapeute, ce qui est logique car la thérapeutique fondamentale est celle visant à guérir hommes et femmes de leur naturalité en les réprimant. Or les mesures assurant le confinement entrent bien dans cette dynamique qui sont propices à l'effectuation de violences policières, comme cela se produit lors des révoltes actuelles dans les banlieues dues au confinement, à la misère, à la non reconnaissance.


Il en est de même d'autres mesures comme la distanciation qui révèle l'inimitié sous-jacente, car garder ses distances c'est se protéger. Elle permet aussi d'éviter la crise de la présence, la présence de l'autre qui est potentiellement dangereux surtout s'il est inconnu.


La distanciation implique la réalisation à distance de procès de vie: télétravail, téléenseignement, jeux vidéo, cybersexe, et donc plus de toucher. Il faut accomplir toutes les fonctions vitales dans la séparation, sans aucun contact, vivons heureux vivons séparés.


Ainsi le covid -19 apparaît comme une maladie affectivement transmissible qui oblige au port du masque impliquant que se masquer crée une certaine distanciation, ou conduit à cette dernière. Ainsi plus l'espèce dégénère et plus difficilement elle peut accomplir son procès de vie sans risques dont le dernier, sommation de tous, est le risque d'extinction.


Le Covid-19 et les mesures pour s'en préserver révèle la répression parentale et l'exacerbe. Depuis le début du confinement il y eu un accroissement des cas de maltraitance concernant les enfants ainsi que les femmes.



Le phénomène se répète dans les rapports de travail où les employeurs n'assurent pas les mesures de protection nécessaires ou profitent de la situation pour accroître l'exploitation, ce qui a causé des grèves. En outre, au départ, certains patrons ont nié l'épidémie afin de ne pas interrompre la production.



Comme l'activité économique ne peut pas être interrompue, s'impose une séparation entre les confinés et ceux qui doivent pour ainsi dire servir ces derniers: soignants et soignantes mais aussi les travailleurs et les travailleuses dans diverses entreprises comme la Poste, par exemple, et qui souvent ne sont pas correctement protégés et protégées du fait d'exigences économiques, ou par manque de moyens dont la cause réside elle aussi dans des données économiques, comme des restrictions budgétaires (le cas des hôpitaux et du personnel hospitalier est exemplaire).


Les inégalités sociales se manifestent ouvertement. Ainsi les riches ont pu aller à la campagne, ceux qui ont une villa avec petit jardin ou ceux qui vivent en appartements assez grands jouissent de conditions de vie bien plus favorables que ceux qui se trouvent dans des logements exigus, qui sont des lieux favorisant les conflits.


Le covid-19 et les mesures visant à l'éradiquer révèlent et amplifient le phénomène de substitution que l'on a déjà mentionné, et qu'on peut définir comme étant le remplacement de la naturalité par l'artificialité, l'envahissement de l"utilisation de la technique (l'intériorisation de celle-ci n'étant plus suffisante) dans toutes les opérations de la vie qui de façon exacerbée a besoin d'un mode d'emploi pour être effectuée. Il constitue une réponse à une très vieille question double comment pouvoir vivre dans le discontinu, comment rétablir une continuité? Questions et réponses font partie de ce qu'on peut nommer: traité du savoir-vivre à l'usage de toutes les générations. Actuellement le problème de conserver une continuité en dépit du confinement se résout grâce à la virtualité, l'artificialité.


La substitution est le triomphe de l'économie, une démarche caractérisée par la prédominance des objets sur les êtres. Les premiers grâce à l'informatique sont de plus en plus connectes entre eux et n'auront bientôt plus besoin des hommes pour opérer. À la limite, hommes et femmes apparaîtront comme des parasites qui, à cause de leur affectivité, perturbent gravement les procès en cours. D'autre part l'économie assure le progrès en tout et il doit aussi concerner Homo sapiens en sa dimension zoologique, d'où la dynamique de l'homme augmenté. En outre ils nous faut tenir compte du phénomène d'objectalisation qui fait que les êtres humains tendent à se comporter comme des objets18.


La substitution crée un devenir à l'extinction du fait du remplacement du vivant par du non vivant comme les robots, des êtres qui font comme s'ils étaient vivants. C'est le triomphe du comme si, de la simulation, du remplacement de mère nature par mère informatique-Internet.


L'épidémie sert à masquer la destruction de la nature - à opérer un détournement - mais elle révèle aussi toutes les horreurs humaines, c'est-à-dire qu'elle fait surgir et ne dévoile pas seulement. À ce propos notons que le voile est une sorte de masque qui, originellement dans l'aire islamique, servait à protéger les femmes. Le masque sert aussi, depuis quelques années, pour se protéger contre les conséquences de cette destruction: se protéger contre la pollution19 qui peut se percevoir comme une maladie très contagieuse et dont l'origine est fort ancienne puisqu''elle commence avec la construction des villes, délimitées par des enceintes20 érigées en vue d’opérer une protection vis-à-vis d'autres hommes. Or, on peut considérer que se masquer c'est s'enfermer en soi-même. C'est aussi exposer une ambiguïté: je ne suis pas dangereux mais je porte un masque parce que je suis ambigu, je renferme une possibilité de transmettre un danger. Dans ce cas lever le masque serait escamoter l'ambiguïté. La pandémie prenant plus d'ampleur et le possible du surgissement d'autres, on peut se demander si le port du masque ne va pas entrer dans notre habillement nécessaire. J'expose ici la dynamique en place et ce qu'elle implique, cela ne veut pas dire que je sois convaincu de l'utilité du masque ou du testage.

Masquer: nous avons maintes fois fait appel à ce mot pour signaler le fait de dissimuler une certaine réalité plutôt que escamoter ou scotomiser qui expriment qu'on occulte mais non qu'on dissimule. Quand on masque on tient compte d'une réalité mais on la cache, ce qui constitue d'ailleurs le contenu du recouvrement. Dans la situation actuelle, de façon immédiate, le port du masque permet de se protéger, mais aussi de ne pas contaminer l'autre s'il n'en porte pas, au cas où il serait porteur du virus sans le savoir. Mais, inconsciemment, d'autres fonctions peuvent être présentes et avoir un effet sur la personne qui se masque, par exemple qu'est-ce qu'elle recouvre? En effet on peut se masquer aussi pour ne pas être reconnu, signalant encore la dynamique de l'inimitié. D'un point de vue général, cette pratique est en rapport à l'incertitude de l'espèce, incertitude de ce qu'elle est et de sa place dans le phénomène vivant mais aussi en rapport à l'insatisfaction d'être ce qu'elle est. Elle signale aussi toute l'inquiétude et l'immense perplexité qu'engendre la relation réalité-apparence recelant une ambiguïté fondamentale21. Celle-ci est liée à la coupure d'avec le reste de la nature: sommes-nous naturels ou sommes-nous hors nature? telle est la question qui se pose depuis des siècles. Une forme d'escamotage de celle-ci consiste à poser que l'homme est constamment dans la dynamique de se séparer, ou sur le point de le faire. L'ambiguïté a la dimension de la dualité, de l'ambivalence, de l'équivoque (existence de deux voies, laquelle prendre?). Toutefois elle est souvent inconsciente et ne se dévoile qu'au travers d'une transcroissance à travers la manifestation de ces trois phénomènes. Comme cela se vérifie avec la nature mère ou marâtre et la mère aimante ou répressive.


La nocivité de l'ambiguïté découle du fait qu'elle génère l'insécurité, l'indécision qui peut se transformer en inchoation, le désarroi, l'installation d'un blocage qui, pour en sortir, provoque le déploiement de mesures extrêmes grosses de violences, et donc le recours à l'inimitié. Globalement l'ambiguïté suscite la crise de la présence; c'est pourquoi elle est en général refoulée.


Les mesures prises contre le covid - 19 nous fournissent un exemple important d’ambiguïté: ont-elles été préconisées en vue de la santé des individus ou visent-elles à sauver l'économie? N'oublions pas que le résidu de naturalité est cause de l'ambiguïté. Les exigences au départ se présentent ainsi: il faut bien soigner les gens afin qu'ils puissent travailler et donc faire fonctionner l'économie qui à son tour permet de satisfaire leurs besoins. Or plus la pandémie perdure et avec elle les mesures visant à l'endiguer et plus l'ambiguïté se dissout, comme nous l'avons déjà indiqué en parlant de la substitution. En outre réduire la naturalité permet de sortir de l'ambiguïté et l'artificialisation s'impose comme le moyen de l'éliminer.


Nous avons déjà signalé aussi que les inégalités sociales sont bien apparentes et même s'accusent et que donc toute ambiguïté au sujet d'une inexistence de barrières sociales et sur une égalité entre les êtres humains, disparaît.


C'est avec la mise en place du confinement que se révèle avec le plus d'acuité la levée de toute ambiguïté 22. Ainsi Sylvia Duverger utilisant des travaux de Natacha Chetcuti Osorovtz a déclaré: nous ne sommes pas en prison mais enfermées23. C'est ce qui se passe normalement pour tous les gens qui vivent dans les villes, surtout les grandes, les mégapoles. C'est comme s'ils subissaient une peine dont ils ne connaissent pas la cause. Elle révèle également l'effectuation de la répression au nom de c'est pour ton bien avec le triomphe de l'artificialisation se réalisant au travers du télétravail, du téléenseignement déjà indiqués à propos de la distanciation, qui peuvent même être justifiés au nom d'une diminution de la pollution. Il cause une grande désorganisation de la vie économique et sociale mais c'est surtout la répression des pulsions et de l'affectivité des hommes et des femmes avec escamotage des souffrances énormes que cela induit particulièrement pour les personnes âgées en maison de retraite (Ehpad), donc déjà isolées de leurs proches, ce qui peut hâter leur mort. Confiner c'est enfermer ce qui peut conduire à l'asphyxie et à la mort comme avec le covid-19.


L'inhibition, voire la négation de la vie affective aboutit à l'obsolescence de l'homme théorisée par G. Anders, dont nous avons souvent parlé, et à la disparition de l'espèce animale Homo sapiens comme l'affirma A. Leroi-Gourhan en 1965. "I1 faut donc concevoir un homo sapiens complètement transposé et il semble qu'on assiste aux derniers rapports libres de l'homme et du monde naturel. Libéré de ses outils, de ses gestes, de ses muscles, de la programmation de ses actes, de sa mémoire, libéré de son imagination par la perfection des moyens télédiffusés, libéré du monde animal, végétal, du vent, du froid, des microbes, de l'inconnu des montagnes et des mers, l'homo sapiens de la zoologie est probablement prés de la fin de sa carrière ( Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, t.II, p.266)24 .


L'autre aspect non moins dangereux c'est avec un contrôle constant et plus efficace, une surveillance accrue réalisée grâce aux progrès de l'informatique rendant possible une traçabilité - avec dans un futur proche la mise au point de l'identité numérique et l'utilisation de la 5 G - à laquelle il sera difficile d'échapper et par l'utilisation de drones ainsi que l'utilisation de nouveaux moyens pour lutter contre ceux qui se soulèvent contre cet ordre infernal en empêchant toute possibilité de heurt en créant un phénomène de distanciation révélant toute sa dimension d'inimitié et la dissymétrie dans l'affrontement: les hommes au service de l'ordre pourront se protéger et les manifestants rendus incapables de les attaquer. En bref la réalisation d'un despotisme lié à une réaffirmation momentanée de l’État qui se manifestera de façon de plus en plus sournoise grâce à l'économie qui mettra en place une organisation répressive, comme l'est d'ailleurs toute organisation sociale, recherchée depuis des millénaires. La guerre contre le virus ne parvient pas à masquer la guerre civile latente.


Contrôle et surveillance qui vont de pair, s'accroissent en même temps que le montant de la population humaine croit.


Avec la dynamique de se protéger c'est donc toujours l'inimitié qui prévaut, comme cela se passe en général dans les relations humaines, mais tant que demeure une certaine naturalité, l'ambiguïté persiste. Il faudrait donc que cela aille jusqu'au bout pour l'éliminer, entraînant l'extinction de l'espèce.


Cette pandémie éclaté au sein d'une crise économique, qui est pour ainsi dire perpétuelle avec l'instauration de la forme autonomisée du capital car rien ne vient faire obstacle à la dynamique de l'incrémention continue, et l'a renforcée. D'où la comparaison souvent faite avec les crises historiques comme celle de 1929 et même avec les guerres qui souvent eurent lieu pour résoudre une crise économique. On pourrait se poser également la question des épidémies de guerre du fait même que l'épidémie se vit comme correspondant à celle-ci. D'autre part les mesures prises contre le covid-19 accentuent la crise mettant bien en évidence qu'hommes et femmes sont nécessaires, ce qui conduira encore à essayer de les éliminer, de les rendre obsolètes.


Elle a donné lieu de la part d'un grand nombre d'hommes et de femmes à la manifestation d'une grande empathie qui, pour les soignants et les soignantes a pu dans certains cas les conduire à la mort, et d'une solidarité, indiquant que la naturalité est encore opérante chez l'espèce mais insuffisante pour éliminer l'ambiguïté en sa totalité. C'est pourquoi l'espèce en sortira affaiblie et réceptive à d'autres pandémies, artificialisée à outrance, hypercontrôlée ce qui accroîtra son risque d'extinction.

Avec le confinement on a constaté une diminution de la pollution de l'air, du taux de CO2,, un accroissement des manifestations d'animaux qui auparavant étaient peu visibles, mais hélas toujours le maintien des pesticides et des insecticides. Probablement qu'il faudra une autre crise du type de celle que nous vivons pour aboutir à leur suppression.

Il surgit également que les conséquences de la pandémie et des mesures qu'elle a induites signifient activement à Homo sapiens ce qu'il faut faire pour régénérer la nature25: l'espèce devra limiter le montant de sa population et s'imposer un confinement afin de laisser un espace plus important pour les autres êtres vivants.

Après la fin du confinement les individus essaieront de trouver une place dans le corpus social mais ils pourront difficilement retrouver celle antérieure. C'est ce qui se produisit de façon analogue pour l'espèce avec la coupure d'avec le reste de la nature.


Ce qui signifie aussi que nous vivons la mise en place d'une grande discontinuité.


Pour la mettre en évidence, on peut envisager d'une autre façon tout le phénomène en cours. en une complémentarité avec ce qui précède. En tenant compte de ce que nous écrivîmes au sujet du soulèvement de la vie lors du mouvement de Mai-juin 1968 faisant suite au mouvement hippie, et en tenant présent que ce qui est fondamental dans le cas la pandémie, ce n'est pas le virus mais l'état de délabrement dans lequel se trouve l'espèce après des milliers d'années de sortie de la nature, de conflits avec celle-ci et sa destruction qui est destruction également de la naturalité de chacun, de chacune, phénomène accéléré depuis deux siècles et comme autonomisé depuis les années 80  du siècle dernier, on peut affirmer que c'est comme si le corps de l'espèce signifiait qu'il n'en peut plus, qu'il n'est plus à même de supporter ce qui lui est infligé, qu'il ne peut plus assurer la guerre, qu'il entre en dépression, et ne peut plus supporter l'artificialisation.


C'est comme si hommes, femmes, et même enfants s'étaient mis "en grève" pour refuser le diktat du mécanisme infernal qui les oppresse, une grève qui a pris de court, surprit tout le monde, les dominants y compris qui, eux aussi, à un degré moindre, pâtissent  de la même situation, et comme tout le monde ont peur de la mort (reste de naturalité commun à tous et à toutes). Il s'est agi, de façon passive d'un immense refus. Or c'est à partir de là que peut s'initier une autre dynamique de vie26 .


En conséquence au début ils ne purent rien faire, mais dés que le choc initial a été amorti ils s'adonnèrent à la manipulation et essayent maintenant, de faire cesser la pandémie grâce au confinement et autres mesures dites de protection - toutes sujettes à caution - car ce qui est essentiel pour eux c'est de cheminer dans la virtualité qui succède à la dynamique de l'économie (la domination du capital ayant été remplacé par celle de sa forme autonomisée) puisque c'est avec ça qu'ils pensent se sauver et sauver l'humanité. Or cela nécessité un contrôle et une surveillance toujours accrus des hommes et des femmes qui, par eux-mêmes, par elles-mêmes, étant donné leur reste de naturalité sont incapables de se "libérer". Il faut les réprimer pour les sauver. En outre pour contrôler les hommes, les femmes, il faut contrôler leur santé et même la leur créer artificiellement, avec les vaccins par exemple.



À partir de là on peut supposer que la pandémie devienne comme une entité psychique à l'instar de la peste pour Antonin Arthaud: "une sorte d'entité psychique et ne serait pas rapportée à un virus"27. Je ne peux pas nier l'existence de celui-ci, mais je dirai qu'il révèle l'existence d'une  entité psychique, se manifestant inconsciemment, un mal interne à l'espèce dont elle essaie tout autant inconsciemment de se libérer. Ce mal inclut l'insatisfaction liée au ressenti d'un inachèvement, la haine de soi déterminée par ce ressenti d'incomplétude, la mise en dépendance, l'ambiguïté car parallèlement il manifeste une grande mégalomanie, la solitude, tout cela déterminé par la coupure avec le reste de la nature engendrant un sentiment inconscient de culpabilité.



Cette entité provient probablement aussi du désaccouplement du geste et de la parole et du fait que le premier est de plus en plus assuré par des machines et que la seconde s'est autonomisée en une sorte de compensation mais ne réussit pas à éliminer la souffrance causée par l'obsolescence renforçant le mal dont nous parlons.



Cette dépression généralisée peut être le prélude à un retour du refoulé suscité à cause de cette discontinuité qui crée un blocage et favorise un retour du passé. C'est sur quoi nous nous fondons pour que s'initie une inversion (voir Inversion et dévoilement) permettant d'abolir toute extinction surtout si, simultanément nous abandonnons la dynamique de l'inimitié qui pourrait surgir entre les partisans de l'artificialité et ceux de la naturalité.



Ce n'est que si nous ressentons, vivons à fond le risque d'extinction, que nous en devenons pleinement conscients sans nous culpabiliser pour les horreurs que nous avons commises au cours de notre errance, que nous pouvons en finir avec celle-ci, effectuer un soulèvement de la vie, et initier l'inversion salutaire pour nous et pour la nature, tous les êtres vivants (virus y compris), et poursuivre notre cheminement dans le cosmos.








Camatte Jacques


30 avril 2020








1 Voir Inimitié et extinction, article qui complète ce que nous exposons ici.



2   Le film Matrix – en sa trilogie – représente bien cette matrice où s’impose le mécanisme infernal des rejouements. En effet, par exemple, Néo se rend compte qu’il y a eu d’autres élus et d’autres tentatives de destruction et, au final il nous est fermement suggéré que la menace persiste: l’éventualité d’une nouvelle attaque de Sion de la part des machines n’est pas éliminée.


3   Cf. « Il semble que notre espèce soit passée par une phase de sélection drastique, un goulot d’étranglement avec une population réduite à quelques 60 000 individus, il y a entre 100 000 et 50 000 ans ». Pascal Picq, Une évolution buissonnante  dans la revue Pour la Science, octobre 2002, n° 300.


        Quand la mer sauva l'humanité (au cours de la période glaciaire qui a duré de - 195 00 ans à - 120 000) article de Curtis Marean dans Pour la Science, n°396, octobre 2010.


        Actuellement on parle d'un risque d'extinction encouru vers - 13000 ans à cause de la chute d'un météorite au Groenland qui a causé la disparition de la mégafaune, une réduction de la population humaine qui en reçu un choc dont divers mythes témoigennt. De l'origine  des mythes et de l civilisation, Casimir Peraud, Médiapart 01.05.2020.


         Plus prés de nous dans le temps et plus localement une transgresson marine affectant le moyen-Orient, la région de Sumer serait  à l'origine du mythe du déluge.


         On devrait tenir compte de tous ces évènements catastrophiques liés à des impacts de météorites ou d'astéroïdes pour utiliser l'industrie spatiale non pour la conquête de l'espace (dynamique de l'inimitié), mais en vue de pouvoir détruire ces objets cosmiques avant qu'ils n'atteignent la terre. En outre, on devrait réfléchir sur l'impact négatif que peut avoir le franchissement fréquent de la magnétosphère qui protège la terre contre les radiations dangereuses et permet la vie sur terre.


    

4   Andreas Loepfe a repris cette thèse dans un article fort intéressant publié dans le n° 17 la revue (Dis)continuité, Cf. François Bochet, f.bochet@free.fr



5    Nous avons déjà mis ceci en évidence à propos des attentats du 11 septembre 2001 à New-York, dans Gloses en marge d'une réalité VIII. Nous avons aussi insisté sur l'importance du choc créant un état hypnoïde qui rend les individus particulièrement manipulables comme cela se vérifie à nouveau de nos jours. Cette donnée fut reprise lors de l'analyse du livre de Naomi Klein: La stratégie du choc, dans Inversion et dévoilement, 2012.


6

       Il se manifeste en particulier à travers le grand développement des maladies autoimmunes dues à un dérèglement du système immunitaire, la multiplication des cancers, la dépression (cf. La fatigue d'être soi - dépression et société de Alain Erhenberg, Ed. Odile Jacob), à la haine de soi (cf. Gloses X), l'accroissement des maladies mentales, à l'obésité qui se généralise ainsi que diverses maladie lies à une mauvaise alimentation, ou à la prise de drogues, la baisse de la fertilité masculine, le possible de la disparition du chromosome Y, etc...


         Cela explique que certaines personnes affirment que nul n'est mort à cause du coronavirus, mais avec. Cette affirmation est souvent faite après qu'il y ait eu des autopsies. Toutefois demeure le problème de la présence du virus. Comment la comprendre? Ces personnes ne donnent pas de réponse effective et j'ai l'impression qu'elles minimisent le phénomène, ne serait-ce que parce qu'elles tendent à nier l'existence d'une pandémie. D'autres font état d'un complot mondial, ce qui à nouveau n'explique rien.



7   Le virus n'attaquerait pas le système immunitaire par les poumons mais par les récepteurs de surface ACE2 (récepteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine, substance jouant un rôle dans le maintien du volume et de la pression artérielle) présents dans l'endothélium (membrane interne des vaisseaux sanguins) qui perd ainsi sa fonction protectrice. Ainsi tous les organes peuvent être touchés.

     Précédemment il avait été fait remarquer:

      "Or, plus le temps passe, plus il est clair que l’épidémie ne se déroule pas de la même manière en Chine et en Europe, pour des raisons liées à la fois au contexte social, à l’évolution du virus et peut-être à la génétique différente des populations. Pour ne prendre qu’un exemple, une manifestation classique d’une infection asymptomatique en Europe comme la perte de l’odorat n’a quasiment pas été décrite en Chine." Médiapart 06 avril 2020, Samuel Alizon: Le confinement ne fera pas disparaître l'épidémie.



8      En ce qui concerne l'invariance voir index, la page d'accueil du site, ainsi que le glossaire. Pour la dégénérescence se reporter à Errance de l'humanité 1973, Contre la domestication 1973, Ce monde qu'il faut quitter 1974, C'est ici qu'est la peur c'est ici qu'il faut sauter 1975. Ils parurent imprimés dans la revue Invariance Série II, n° 3 pour les deux premiers, n° 5 pour le troisième et n° 6 pour le quatrième.



9   Sur le site cf. Précisions après le temps passé, deux paragraphes avant l'appel de note 25.



10    La forêt est essentielle, et la végétation en général, car grâce à la photosynthèse elle produit l'oxygène. Elle fournit l'habitat et la nourriture à un grand nombre d'espèces. Elle protège les sols et permet leur développement grâce aux racines se développant en symbiose avec des champignons, des bactéries. Elle permet le prélèvement des sels minéraux nécessaires à la formation des fruits et des légumes. La disparition des arbres des champs cultivés liés à la monoculture est la cause de celle de tout goût des fruits et légumes, même dans le cas de l'agriculture biologique. L'agroforesterie et la permaculture peuvent remédier à toutes les insuffisances dans une perspective fort lointaine d'une disparition de l'agriculture quelle qu'elle soit. Les arbres exercent aussi une action bienfaisante, calmante, apte à nous remettre en continuité (cf. la sylvothérapie).


            L'importance primordiale de la forêt commence à s'imposer. Dans le n°1226 de novembre 2019, la revue Science et Vie a publié un dossier Arbres - Ils peuvent nous sauver. Oui, mais pour cela, il faut en planter des milliards.



11    J'ai abordé ces thèmes dans divers articles. J'en indique seulement quelques uns car ils sont nombreux, avec quelques citations pour situer.


         Dans Gloses en marge d'une réalité I, 1983 : "(…) La seule façon de s'immuniser (contre les effets de la télévision) c'est de s'adapter au médium, et c'est bien ce qui se passe. L'humanité se robotise pour s'adapter. L'immunisation a lieu sous nos yeux, c'est la robotisation à l'exception peut-être de la Chine.." Marshal Mac-Luan, Des têtes vides comme des entonnoirs, dans la revue " Réalités".


           Dans Gloses II : "Tout le devenir du capital à la représentation autonomisée est présupposition au monde de la publicité. Une étape essentielle a été l'instauration généralisée du crédit...".


          "Dans un article de la revue Parents expliquant comment, aux USA, des parents avaient créé une ligue pour s'entraider afin de pouvoir dire non à leurs enfants - renonçant à la pratique anti-autoritaire antérieure - il était indiqué la remarque d'un psychologue concernant la pratique de cette ligue. Il signalait le danger d'accroissement de violence que cette dernière impliquait et notait à quel point le vrai problème n'était pas abordé: la destruction des liens affectifs eux-mêmes. Pour illustrer son propos il ajoutait: connaissez-vous un pays où l'on puisse lire, placardé sur la vitre arrière des voitures, le slogan suivant: " avez- vous pensé à embrasser votre enfant ce matin ? "


         Dans Gloses III 1986: "Ainsi puisque les phénomènes publicitaires peuvent être interprétés en termes d'immunité et puisque les relations interindividuelles sont interprétables en ces mêmes termes (cf. la question de la tolérance exposée plus haut), on comprend que la publicité puisse jouer un rôle de régulation à l'instar du système immunitaire. Plus exactement il nous faut dire que la communauté actuelle a engendré un système intégrateur-régulateur qui est comparable sous bien des aspects au système immunitaire opérant dans l'organisme des vertébrés supérieurs."


       Dans Émergence et dissolution 1989: "La dissolution atteint le niveau cellulaire avec la désorganisation de la cellule provoquant la séparation d'éléments qui s'étaient unis il y a plus d'un milliard d'années lors de la formation des cellules eucaryotes.

 

        Ce faisant Homo sapiens devient une espèce inutile et dangereuse pour l'ensemble du procès de vie d'où la tendance à ce que celui-ci l'élimine au travers de l'activité des bactéries avec leurs auxiliaires les virus, les prions, etc. " Cette idée a été exprimée également dans d'autres textes . On peut la libeller de façon plus précise ainsi: tout se passe comme si l'ensemble des êtres vivants tendait à éliminer Homos sapiens.



         Dans Communauté et devenir 1994: "Cependant, nous l'avons indiqué, la médiation autonomisée se posant comme réalité immédiate (comme cela se vérifie avec la virtualité) abolit la représentation. Ce faisant il y a évanescence du procès de connaissance fondé sur cette dernière; d’où l’escamotage de l’espèce elle-même, comme il y a un escamotage de la terre (culture hors-sol), de la femme (fécondation in vitro avec en perspective la réalisation de bébés éprouvettes), du cerveau (intelligence artificielle), le spectacle sans acteurs réels, etc. Cette élimination de l'espèce séparée de toute réalité concrète entraîne sa dégénérescence qui s’exprime au mieux dans sa perte d'innéité qui, à son tour, signale la perte de bases, de racines, de fondements."



12    Cf. Gloses en marge d'une réalité III, 1986.



13    Cf. 14.2.2. Structure de la spéciose dans: Point d'aboutissement actuel de l'errance.


14    Il y a un siècle lors de la grippe espagnole qui fit entre 50 et 100 millions de morts nous étions 1,8 milliard d'individus, maintenant 7,7 c'est-à-dire 6 milliards de plus, un quadruplement en ce court laps de temps. Dés lors on comprend la justification de la nécessité du confinement.

        À partir du moment où nous entreprendrons l'inversion, il nous faudra quelques milliers d'années pour que le nombre d'êtres humains oscille entre 250 à 500 millions, comme ce fut le cas probablement avant la grande séparation opérée avec la pratique de l'agriculture et de l'élevage, permettant à toutes les formes de vie de prospérer.



15     Je n'insisterai pas sur cette donnée, ayant déjà écrit à ce sujet: dans Gloses IX où je cite Le livre de James Hilman: A terrible love of war et, de façon plus circonstanciée dans Inimitié et extinction.



16    Voir particulièrement L'image du corps, pp.83-86



17   J'ai déjà signalé que le cancer est une maladie liée au développement du capital. En effet la cellule cancéreuse est une cellule indifférenciée et le mouvement du capital produit l'indifférenciation des hommes, des femmes, ce qui rend la dynamique de la reconnaissance de plus en plus impossible. En outre elle les rend inutiles. L'hperindividualisme, une tentative pour être repérable, apparaît comme une réaction à ce devenir.



18     Ceci se produit lors de psychoses où l'individu non reconnu se sert de l'objet afin de l'être. Voir: Harold Searles, L’environnement non humain, Ed. Gallimard, ainsi que l'approche englobante qui en est proposée dans Inversion et dévoilement. 2012.



19      On est toujours dans une problématique où l'inimitié est opérante, comme c'est le cas également des masques à gaz mis au point en 1916, lors d'une guerre réelle.



20    F. Renggli a fait remarquer que la ville réalisait un utérus et était considérée comme une mère et sur le fait curieux que le mot enceinte désigne à la fois un système de protection et caractérise l'état d'une femme qui attend un enfant.



21   Ne désirant pas, dans le cadre de cet article, traiter à fond la question du masque, je reporte une citation - où les énoncés sont remarquables - qui permet de se faire une idée de son ampleur:


          "Objet universel de toutes les sociétés archaïques ou modernes, le masque tient une place étonnante dans le cours de la civilisation et son usage remonte à la plus haute antiquité où, déjà fait pour être porté, il est souvent conçu en matériaux légers et sa valeur initiatique reste obscure et paradoxale. Simulacre facial, il dissimule, cache, et camoufle. Appartenant au domaine du paraître, le masque permet à l'homme, doté d'une dualité originelle, d'accéder à la métamorphose de son être, à la révélation de son inconscient. Ses caractéristiques, d'abord exclusivement rituelles, conservent tout au long de son histoire le principe de transgression qui est à la base de toute forme de déguisement. Doté d'un pouvoir surnaturel, il permet d'échapper temporairement à la vie quotidienne en donnant libre cours aux instincts les plus refoulés et en faisant ressortir les aspects de l'homme que la vie sociale occulte normalement; il révèle même parfois quelques facettes inconnues".


         "(...) Grâce au masque, la communication s'instaure de façon plus libre et plus familière. L'homme se donne l'illusion de faire tomber les barrières et les distances sociales." Céline Moretti-Maqua Le masque et l'histoire.


        Le souci de se métamorphoser dérive de l'insatisfaction, de la perception d'être inachevé. Il est remplacé aujourd'hui par le désir d'être augmenté. Toutes les techniques permettant cela visent au départ à masquer l'être naturel, puis à l'éliminer. D'autre part s'accroître n'est-ce pas transgresser? Le phénomène n'était-il pas opérant chez les peuples vivant nus et utilisant des masques, et n'est-ce pas aussi le cas avec la pratique des peintures corporelles, du tatouage? On peut aller pus loin et se poser la question de la fonction, probablement polyvalente, de l'étui pénien. Enfin, toujours concernant le sexe mâle, quel peut-être le soubassement inconscient de l'usage du préservatif.


       D'autre part avec le port généralisé du masque "l'illusion de faire tomber les barrières et les distances sociales" pourra-t-elle réellement s'imposer?


         Qu'est-ce qu'on signifie en profondeur quand on parle de masque mortuaire? L'individu n'est plus qu'une apparence, il n'a plus d'être mais il conserve quelque chose en rapport à la vie, activant le désir et la nostalgie qu'il vive encore?


      Enfin, il conviendrait d'examiner le rapport qu'il peut y avoir entre masque et travestissement, mais cela ne peut pas se traiter dans le cadre de ce texte.



22    Dans Positionnement j'ai abordé la possibilité d'opérer une affirmation sans ambiguïté en n'étant pas dans la dynamique de l'inimitié.


         En ce qui concerne le confinement beaucoup ont fait remarquer que c'est une mesure extrême et que l'on aurait pu l'opérer de façon moins draconienne. En fait, surtout en France, il est dû à une volonté d'organiser et à une incapacité de mettre en place d'autres mesures comme le dépistage (très contesté) opéré en Corée du sud ou en Allemagne.



23    J'ai relevé cela dans club Médiapart. il est question de femmes mais cela vaut aussi pour les hommes.



24    Transposé, c'est-à-dire réalisé dans des organes artificiels; on pourrait dire aussi transféré.

           Nous avons déjà cité et commenté ce texte dans Gloses I.



25   On ne peut pas oublier que la santé de la planète va de pair avec celle de l'espèce; on ne peut pas les séparer.



26   J'ai abordé ce thème dans La séparation nécesaire et l'immense refus ,1979.



27     Dans Le Théâtre et son double, commenté dans Gloses III.