G L O S S A I R E
Les définitions qui suivent sont des points de repère. Toute
définition opérant inévitablement une réduction, nous essayons de
l’effectuer à partir de l’extraction d’un continuum signifiant,
sans opérer une séparation nette par rapport à celui-ci. D’autre part les
noms désignant le plus souvent le résultat d’un procès (indiqué par le
verbe) - résultat qui est une substantification,
support d’une d’hypostase possible - ce qui est une
autre forme de réduction, nous essaierons de refludifier
le discours en évitant toute fixation-condensation
favorable au devenir ontosique.
Abstraïser: action de séparer pour détacher des données d'une réalité, d'un
phénomène donné, pour permettre le développement d'un autre qui peut se
manifester en tant qu'institution ( État par exemple) , ou le déploiement
d'une entité, ou en renforcer une préexistante (dieu par exemple).
Agir : modalité du mouvement chez l’homme et chez la femme –
s’exprimant dans un comportement – qui implique l’union de la
pensée et de l’action. La pensée apparaît ici en tant qu’énergie.
Sans pensée, on ne peut pas agir ; on est seulement automate, ou dominé par un
« autrui ».
Aliénation. Procès au cours duquel ce qui était propre devient autre, étranger. Le
caractère négatif, nocif de ce phénomène découle du fait que l’autre
recèle une dimension antagonique à soi, à ce qui nous est propre.
« Au mouvement de séparation-scission
(…) se relie celui d‘autonomisation (Verselbstständigung)
des produits engendrés par l’activité humaine, celui des rapports sociaux
qu’elle a engendrés. Elle s’accompagne aussi d’une depossession-expropriation (Enteignung)
tandis que l’extériorisation (Veräusserung) des
capacités au cours de la manifestation (Ausserung) de
l’être humain est en fait dépouillement (Entäusserung).
Il y a simultanément une extranéisation (Entfremdung) due au fait que les produits deviennent
étrangers aux producteurs et ceux-ci à leur communauté. Le mouvement résultant
est une interversion-renversement (Verkherung) qui fait que les choses deviennent sujets (Versubjektivierung) et les sujets des choses (Versachlichung) ce qui constitue la mystification dont le
résultat est le fétichisme de la marchandise ou du capital qui fait que les
choses ont les propriétés-qualités des hommes. »
Cet ensemble de procès
implique qu’à la fin soit engendrée une « figure » hostile à la
personne qui a opéré ; ce qui implique également l’existence d’un
mécanisme dont hommes et femmes ne sont pas conscients et qui tend à inverser
le but de ce qu’ils se proposent d’atteindre. Ainsi ils se trouvent
enfermés, piégés, dans un devenir qu’ils voulaient éviter. Par là,
l’aliénation s’apparente à la folie. L’ensemble de ses
phénomènes constitutifs relèvent de la spéciose-ontose.
- de
la divinité. Métamorphose du numen (du sacré) en
une figure humaine. Elle s’accompagne d’une divinomorphose
affectant originellement l’unité supérieure représentante de la
communauté abstraïsée devenue Etat sous sa première forme. Ultérieurement elle
peut concerner les mystiques.
Son complémentaire est la
dépendance par rapport au travail à un point tel que l’homme est
défini essentiellement par lui et ne peut se comprendre qu’à travers
lui ; on a l’Homo faber et
l’exaltation de la technique, de l’humanisme ainsi que de
l’activisme et du mouvement (le mouvement est tout).
- du capital. Phénomène qui fait que le capital devient homme, a human being selon K. Marx. Son
complémentaire est la capitalisation des hommes et des femmes tendant à devenir
des objets techniques, immergés dans l’immédiateté du capital,
qu’on peut percevoir aussi comme son immanence.
Attachement. Forme ontosique de la recherche de la mise en
continuité. Il manifeste la peur de l’abandon.
Autonomisation. Procès au cours duquel
les déterminations originelles d’un phénomène deviennent inopérantes.
Procès ontosique visant à échapper à la dépendance
parentale et qui tend, inévitablement, à réactualiser la séparation.
Certitude. Adhésion à l’éternité.
Charge. Elément inconscient, « surnuméraire », transmis lors
d’un discours et affectant l’autre de données qui ne le concernent
pas. L’autre opère alors comme support pour dire quelque chose qui
« travaille » inconsciemment le locuteur, la locutrice. La charge est
liée à une remontée et au déversement.
Cheminement. Mode selon lequel un homme, une femme, progresse, c’est-à-dire
avance, dans la réalisation de ses potentialités, en relation avec ses
semblables, avec le monde interrelationel, dans la
nature, dans le cosmos.
Le
cheminement n’implique pas la nécessité d’emprunter une voie bien
définie, souvent préétablie. A l’heure actuelle, pour ceux, celles, qui
veulent émerger, il implique fondamentalement l’abandon de ce monde.
Combinatoire et combinisme. Combinisme:
théorie et comportement – théorie et pratique ne sont pas séparées - dont
le fondement est la combinatoire. Cela implique que le réel résulte de la mise
en place de celle-ci, et que la présentation de celui-ci, son exposition
implique une combinatoire d’épistémés, même
très anciennes, et une combinatoire de pratiques. Celles-ci se présentent comme
des manipulations dans son sens le plus général qui englobe
l’expérimentation scientifique comme le bricolage, donc tout
l’arsenal technique produit au cours de milliers d’années. Il ne
peut y avoir de combinatoire que s’il y a coexistence, tolérance,
permissivité, jeu, mise en jeu ou mise en scène ; que si chaque élément a
un certain jeu ; d’autre part sont nécessaires la transparence,
l’adaptabilité, et son complémentaire la sélection, ce qui implique
également l’obsolescence pour le renouvellement de la combinatoire, et
l’illusion du progrès, de même que l’imagination,
l’innovation. Le tout est possible, et surtout probable, s’impose
grâce aux réseaux et à la communication, agents essentiels de la mise en
mouvement de la combinatoire et de sa réalisation.
La combinatoire est en quelque
sorte despotique : elle englobe tout, récupère tout, même les valeurs.
C’est le jeu du capital devenu pleinement autonome, privé de substance,
d’intériorité (anthropomorphisation autonomisée), qui se prête à tout
grâce à l’expansion de la communication qu’hommes et femmes
appréhendent en tant que valeur afin de pouvoir encore se situer dans leur
monde. Toutefois la combinatoire ne peut-être effective que si les agent-e-s ont confiance en la dynamique qui, en définitive,
est épiphanisation du mécanisme infernal. Un
impératif moral domine le tout, même s’il n’est pas dit : il
faut combiner pour s’adapter et, pour cela, on doit se dépouiller de tout
ce qui, en nous, peut inhiber la communication, moteur de la combinatoire.
Les phénomènes vitaux sont
interprétés, vécus, à travers la combinatoire. Ex: la sexualité. On comùbine pour exister.
Compartimentation. Phénomène intervenant dans celui plus vaste de la réduction.
Cela consiste à opérer des discontinuités dans la personne afin,
fondamentalement, d’inhiber la généralisation de la souffrance.
Confusion. Le désir de fusion avec l’autre (être humain-féminin
ou entité quelconque) entre dans le domaine de ce concept et s’ajoute au
contenu habituel de celui-ci.
Conscience : formation résultant de l’action de la répression parentale.
Cosmos : désigne la totalité éternelle et sans limite.
Déjouement. Conduite par laquelle on essaie de ne pas rejouer (refaire ce
qu’on a déjà fait, ou ce qu’ont fait nos parents).
Déréliction. Concept d’origine théologique : état de la créature
abandonnée de dieu. Elle exprime la dépendance totale et la perte de tout
soutien, de tout repère. Les concepts de Hilflosigkeit
(S. Freud), de Geworfenheit (M. Heidegger), de Loneliness (H. Arendt) peuvent se traduire par déréliction.
Le résultat de la crise de la présence d’E. de Martino est un état de déréliction.
Détournement. Concept forgé par les membres de l’Internationale
Situationniste, et qui eut une très grande vogue à partir de 1968. Je
considère qu’il connote quelque chose de commun avec celui de S. Freud de
Verführung, traduit par séduction. Le détournement
fondamental, opérant une empreinte qui pourra être réactivée et induire des rejouements, consiste dans le fait que les parents
détournent l’enfant de sa naturalité afin qu’il s’adapte au
monde hors nature, artificiel. Dans la dynamique ontosique,
il s’accompagne ensuite d’un renversement des données.
Déversement. Phénomène inconscient où l’individu tend à expulser le trop plein en lui causé par la rétention. Il conditionne souvent la charge.
Domestication. "La domestication, qui s'est réalisée quand le capital s'est constitué en communauté matérielle, a recomposé l'homme que, au début de son procès, il avait détruit-parcellisé" (1973).
Les éléments de cette domestication, qui commence bien avant le surgissement du capital, sont à rechercher dans les phénomènes de séparation d 'avec le reste de la nature et dans la répression parentale.
Émergence. Phénomène qui s’opère particulièrement au sein d’une phase
de dissolution. Elle s’affirme au travers d’un saut qualitatif et
se caractérise par l’apparition de déterminations nouvelles.
Empreinte. Concept créé par K. Lorentz , repris amplement
par A. Janov. C’est la trace mnésique laissée
par un traumatisme qui peut ultérieurement être activée, ce qui entraîne des rejouements. R. Hubbard désigna
quelque chose de similaire avec son concept d’engramme.
Èpistémé. Ce qui permet
d’organiser un savoir en vue d’un télos
cognitif. Réflexion sur ce savoir pour en déterminer la validité,
l’opérationnalité.
Équivalent général. C’est ce qui résulte d’un phénomène d’exclusion
d’un élément d’un ensemble qui, dès lors, va pouvoir représenter
n’importe quel élément de cet ensemble. K. Marx a mis ceci en évidence en
ce qui concerne l’argent (valeur), mais c’est valable pour toutes
les valeurs. L’exclusion s’accompagne d’une élection. Dit
autrement, ce qui est exclu devient élu, érigé au rang d’unité supérieure
qui fonde et représente. Les concepts sont, en génral
des équivalents généraux. Ainsi l'Homme est un équivalent général. Il
présuppose l'exclusion d'un type d'hommes donné - celui déterminé par le
surgissement du mode de production capitaliste - qui va tendre à représenter
tous les types d'hommes possibles (ayant existé et existant encore). Ceci
apparaît nettement quand il est question des droits de l'Homme.
Errance. Mode de se comporter de l’espèce se séparant du reste de la
nature. Recherche d’une place, d’une fonction et d’une
justification à la situation où elle s’est mise et se met, afin
d’avoir des repères de vie pour justement ne pas errer (éviter un
rejouement).
Escamotage. Dynamique qui fait disparaître une donnée importante tout en donnant,
souvent, l’impression d’en tenir compte.
État. Ne peut se définir, originellement, qu’au travers de
l’exposé du procès d’abstraïsation de la
communauté qui engendre une unité supérieure (pharaon, lugal,
roi des rois, etc) qui représente la totalité de
celle-ci. C’est le surgissement de l’Etat sous sa première forme
qui s’effectue en même temps que se met en place le mouvement de la
valeur dans sa dimension verticale (procès de valorisation). Simultanément
s’opère une anthropomorphose de la divinité et une divinomorphose
de l’unité supérieure, et la religion s‘instaure. Ultérieurement
s’impose une seconde forme déterminée par le mouvement de la valeur en sa
dimension horizontale, phénomène ne pouvant pas se réduire uniquement au
domaine économique.
Fondamentalement l’État, au travers de ces
diverses formes, développées à partir des deux première sus-indiquées,
tend à définir l’homme, la femme, à les enfermer dans ses déterminations.
État hypnoïde et État hystéroïde. Lors de la
réinstauration de la situation dérivant du traumatisme, phénomène passif,
inconscient, comparable à une hystérésis, dû au blocage initial, et à la
tendance à achever un phénomène, l’état hypnoïde et celui hystéroïde se manifestent soit ensemble, soit
séparément. Le premier est comparable à l’état où se trouve la personne
hypnotisée, le second est composé de diverses douleurs organiques.
Éternité. Qui n’a ni commencement, ni fin. Mode d’être du cosmos (son
épiphanie). Tout ce qui a eu un commencement ne peut pas devenir éternel. En ce
qui concerne l’homme, la femme il, elle, pourrait devenir immortel (le);
en ce qui concerne un phénomène il peut atteindre une pérennisation. Ainsi,
c’est une erreur que de parler de l’éternisation du capital ;
il s’agit de sa pérennisation.
Être-avoir. Il semblerait bien que l’être soit en réalité une réducton de l’avoir. L’avoir est l’expression-manifestation de la participation. La perte des
participations (de ce à quoi il, elle, participe) réduit l’homme, la
femme, à un être. En conséquence, pour retrouver la totalité, l’être doit
acquérir tant sous forme « matérielle » que « spirituelle »
ce dont il fut dépossédé. D’une certaine façon l’avoir est
isomorphe à l’immanence, et l’être à la transcendance. En
conséquence j’indique être-avoir pour signifier
le retour à la participation où l’homme, la femme, n’est plus
dissocié(e), mais se trouve et se meut dans la plénitude.
Extractance. Tendance à faire ressurgir le transcendant, à l’extraire de
l’immanence ; à extraire dieu de son évanescence.
Folie. Stade limite de diverses perturbations psycho-somatiques
profondes. Elle peut se présenter sous deux modalités, deux formes
d’enfermement. L’enfermement en soi-même, l’ipséisation, l’enfermement en l’autre,
l’aliénation. Entre ce qui nous est propre (das
Eigne) et ce qui nous est étranger ou autre (das Fremde) il n’y a pas
simplement conflit comme l’affirma O. Gross (et avant lui M. Stirner
ainsi que dans une certaine mesure, S. Kierkegaard), mais une complémentarité
où l’autre peut apparaître comme le sauveur à qui on doit
s’identifier.
Fonciarisation. Dynamique économico-sociale qui pose la
propriété foncière comme l’élément déterminant pour l’accession au
pouvoir, car c’est elle qui permet de fonder une classe dominante.
Gemeinwesen. Concept très utilisé par K.Marx et par G.W.F. Hegel. Il n’indique pas seulement l’être commun, mais aussi la nature et l’essence communes (Wesen). C’est ce qui nous fonde et nous accomune, participant au même être, à la même essence, à la même nature. C’est le mode de manifestation de cet être participant.
Hantise. Ce concept signale deux phénomènes : être habité, envahi, et subir
une greffe (être enté).
Haptogestation. Phase du développement de Homo sapiens qui s’effectue après la
naissance et dure environ jusqu’à deux ans. A. Montaigu a parlé d’extérogestation. J’ai préféré, en me référant à
Frantz Veldman, créateur de l’haptonomie, parler
de hapto-gestation.
Haptoévolution. « … avec le phylum Homo, s’impose une autre évolution
(la haptoévolution) qui se caractérise par la
production d’organes qu’on peut dire externes au corpus organo-psychique. Ces organes sont les outils au sens large
qui permettent une mise en continuité de l’espèce avec son
environnement ».
Immédiateté: ce qui se présente à nous. Elle peut être l’expresion
de la spontanéité, de la continuité
Immédiatisme. Concept forgé par A. Bordiga qui exprime l’enfermement dans l’immédiat.
Inchoation. Situation où l’on est sur le point
d’effectuer quelque chose, donc d’entrer dans une dynamique donnée.
Elle peut tendre à se pérenniser par suite de l’ontose.
Inconscient. Formation résultant de l’action de la répression parentale.
Individualité. Aptitude à se poser en tant que moment d’émergence et
qu’unité perceptible du phénomène vie.
Pour tendre à éviter toute réduction, je parle d’individualité-gemeinwesen pour signifier qu’il n’y a pas séparation entre les deux, a fortiori d’opposition. L’individualité a la dimension gemeinwesen, du fait même de son émergence, non suivie d’une séparation, mais du maintien de la participation au phénomène vie.
Instinct. Il est l'expression de la naturalité et se présente comme un ensemble de connaissances, que nous acquérons dés la conception et la formation de notre être (embyryogenèse et fœtogernèse), qui nous permettent d'accomplir notre procès de vie. Il ne se réduit pas à l'inné parce qu'il s' "accroît", par un procès inconscient , au cours de notre vie, ce qui nous rend apte, à condition de rester en continuité avec notre naturalité, d'accomplir notre procès de vie dans un milieu en devenir. Grâce à ce procès inconscient, l'individualité (et donc l'espèce) augmente son acquis et le transmet à ses descendants.
Invariance. Concept d’origine mathématique, utilisé par A. Bordiga pour caractériser le marxisme. Diverses approches en sont possibles mettant en évidence une permanence au sein d’un devenir. Dans une certaine mesure elle signale l’impossibilité de la perte et peut, de ce fait, opérer comme support pour une affirmation ontosique.
Kairos. Il désigne le moment favorable pouvant être le support d'une révélation, d'une illumination individuelle ou collective, ou d'une mise en mouvement, d'une intervention de vaste ampleur, d'un soulèvement.
Il apparaît comme une "brisure" du temps où s'impose une sorte de dilatation de la durée permettant l'irruption d'un possible au sein d'un enfermement, d'un blocage.
En lui s'articulent le surgissement de l'imprévu et sa négation, dans la mesure où il fut pensé, désiré, rêvé, au sein d'une dynamique déterminée par la nostalgie et l'utopie.
La recherche du kairos suscite la dépendance du fait de son attente et du
fait de la recherche de signes pouvant permettre de prédire son surgissement.
Mercatel. « Le capital ayant accédé à l’autonomie s’anthropomorphose.
Simultanément il fonde un environnement des hommes et des femmes qui est une
seconde nature. C’est le marché avec tout ce qui lui est lié :
publicité sur divers supports, marketing, mailing, etc…
En conséquence par analogie avec naturel, nous utilisons le mot mercatel pour qualifier le milieu qui désormais nous
environne ».
Monde. Ensemble des relations des hommes, des femmes et de celles qu’ils, qu’elles, entretiennent avec la nature, perçue comme ce dont ils, elles, se séparent. Ce qu’ils, qu’elles, on édifié au cours des millénaires de séparation d’avec le reste de la nature.
Mort potentielle
du capital. Elle s’effectue à partir du moment où
le nombre de ceux qui font circuler la plus-valeur
devient supérieur à celui de ceux qui la produisent. Elle s’est effectuée
d’abord aux USA dans le milieu des années cinquante du siècle dernier, et
tend à se généraliser dans les diverses aires. Elle est également liée à une substantification énorme (production de capital fixe) qui
inhibe le mouvement incessant du capital qui n’est tel que s’il se
capitalise indéfiniment. D’où le déploiement massif de la spéculation qui
correspond à une autonomisation de la forme capital et, tendanciellement, à son
évanescence dans la virtualité.
Mythe. Union d’une épistémé et d’une
praxis (ensemble de rites). Sans rites, comme le signale W. Otto, le mythe se
réduit à récit, fable, légende. Le mythe est lié à la communauté ,
à la religion à l’Etat.
Naturalité. Mode de manifestation du procès de vie, opérant dans la nature, au
niveau d’une individualité, ou de l’espèce.
Nature. Ensemble des êtres vivants, Homos sapiens inclus, et de leurs relations
réciproques, ainsi que de celles avec le support inorganique de la planète
terre.
Numen. Terme créé par Rudolf Otto pour
désigner le sacré dans la dimension de ce qui fascine et fait peur. Ce concept
est inséparable de celui de dépendance absolue. Le premier est lié à dieu, le
second à la créature. Ils expriment bien la relation, non-naturelle,
de l’enfant à la mère, d’abord, au père ensuite.
Participation. L’individualité-gemeinwesen, de par sa quiddité- ce que contient sa définition – implique la participation, car la dimension gemeinwesen ne se limite pas à l’espèce, ni aux autres êtres vivants, mais à tout le cosmos. Participer c’est faire partie sans être séparé, c’est prendre part à et intervenir dans un devenir.
Permissivité : se caractérise par une absence d’affirmation des parents ce qui inhibe la continuité dans son effectuation immédiate ainsi que dans sa réflexivité du fait de l’absence de confirmation, de reconnaissance, et de la mise en indifférenciation. La possibilité de la rétroaction a tendance à se perdre, d’où un déboussolement. Donc : inhibition de la continuité, sans interdit.
Philosophie. Originellement se présente comme l’union d’une épistémé et d’une praxis, la politique.
Phylum: concept
employé de façon hétérodoxe dans l'expression phylum Homo, puisque Homo est un
genre. Je veux signifier qu'à partir des Homo (et même des
australanthropes) se déploie un vaste phénomène - qui a puissance d'un
embranchement - celui de l'accès à la réflexivité et à la participation; tout
en n'excluant pas que ceci tende à se réaliser à travers d'autres groupes
animaux, et en m'interrogeant profondément sur qu'est-ce qu'il advient avec les
arbres?
En fonction de sa conception spiritualiste,
qui nous est étrangère, Theilhard de Chardin a conçu de façon grandiose un
devenir semblable mais où les êtres vivants, particulièrement les Homos,
n'opèrent pas par eux-mêmes puisqu'ils sont déterminés par un attracteur,
fondant leur dépendance, le point oméga qui est en même temps un limitateur de
devenir."
Positionnement. « Se positionner n’est pas se fixer en un lieu donné, mais
c’est se repérer dans la totalité en devenir, étant nous-mêmes en
devenir, en étant présent à tous les devenirs particuliers. (…) Se
positionner c’est donner signifiance à sa présence ; c’est signifier ».
Porter. Le bébé doit constamment être porté (Franz Renggli
et voir Tragling). Ne pas le faire, induit une dynamique
ontosique très dense : recherche d’un
support, d’une personne qui nous porte (d’où rejouement de la
dépendance) ; mais c’est aussi faire porter aux autres ce qui nous
encombre (déversement, charge), nous hante (données inconscientes en rapport
aux traumatismes subis).
Les dérivés de porter véhiculent également une donnée ontosique : supporter, transporter, reporter,
rapporter, déporter, s’emporter.
Porter le bébé c’est lui permettre de rester en continuité avec sa
spéciogenèse. L’homme, la femme furent portés
par les arbres, et les adultes sont des arbres pour les bébés.
[F. Renggli a écrit un livre sur les mythes
sumériens qu’il interprète comme rapportant des récits de naissance. Un
autre psychanalyste a interprété les peintures murales des édifices égyptiens
comme se rapportant elles aussi à un "dire" similaire].
Procrastination. Action de renvoyer à plus tard une intervention
quelconque, dans l’espoir de rencontrer le kairos.
Réduction. Phénomène fondamental dans la dynamique spécio-ontosique.
Elle opère tant au niveau social, qu’économique, politique, psychique et
cognitif (au niveau du procès de connaissance). Socialement, elle engendre
l’individu, psychologiquement, la solitude.
Réfléxivité : aptitude à ne pas se limiter à l’immédiateté et capacité à
opérer une réflexion, un retour sur, afin de percevoir au-delà de
l’immédiat
Refoulement. Concept forgé par S. Freud qui indique le procès inconscient empêchant (inhibant) que ce qui cause une souffrance intolérable ou qui pourrait la rappeler, la réactiver, puisse devenir conscient. Ce qu’il a perçu dans l’immédiat c’est la remontée d’un refoulé (phénomène inconscient pour le patient), particulièrement au travers de signes (symptômes) organiques. Il en a déduit qu’initialement il y avait eu un phénomène de refoulement (Verdrängung).
Réinstauration. « …se traduit par la réaffirmation, la restauration de l’état hypnoïde et de l’état hystéroïde par suite, d’une part de l’évanescence de la réalité qui perd de sa signifiance pour l’individu (érosion du recouvrement), et par suite d’une sorte de phénomène d’hystérésis, d’élasticité, qui tend à réimposer ce qui s’est produit mais qui n’a pas pu parvenir à son achèvement par suite de la coupure traumatisante ».
Rejouement. Concept largement employé par A. Janov, dérivant de celui freudien de « compulsion de répétition », indiquant que nous tendons, inconsciemment, à reéffectuer ce que nous avons vécu à la suite de traumatismes, ou à reéffectuer ce qu’ont vécu nos parents. Le rejouement commence souvent par un déjouement. Le rejouement est en filiation avec la compulsion de répétition, déterminée par le traumatisme fondateur de l’empreinte. Le bébé ne peut absolument pas comprendre ce qui advient, parce que c’est hors de son procès de vie naturel. Or sans la compréhension, le phénomène est bloqué; il ne peut pas parvenir jusqu’au procès d’élimination permettant de restaurer ce qui a été perturbé. En conséquence, il y a une tendance à ce que le phénomène soit en quelque sorte reproposé afin de tendre à parvenir au parachèvement de ce qui eut lieu. C’est dans cette dynamique de reproposition que s’impose le rejouement. On se met inconsciemment dans une situation où la scène traumatique puisse se réaffirmer. C’est là qu’interviennent les supports qu’on peut également percevoir comme des substituts, voire des simulacres. Donc on est poussé à rejouer. La compulsion de répétition a pu être plus ou moins confondue avec le désir de retrouver ce qui fut perdu au cours de phases antérieures du développement tant au niveau de l'individu que de celui de l'espèce. Ce désir est très souvent consubstantiel avec une nostalgie ainsi que l'expression d'une profonde insatisfaction, elle-même expression de l'ontose-spéciose. On peut percevoir cela dans la thématique de l'Aufhebung de G.W.F. Hegel ou dans l'art, avec, par exemple, l'importance accordée à la symétrie rayonnée qui fut l'apanage de nos très lointains ancêtres les échinodermes.
On doit distinguer rejouement de réactualisation qui implique un rythme parfois difficile à individualiser qui permet qu'à des intervalles donnés, un phénomène semblable s'impose, comme le retour des saisons.
Religion. Union d’une épistémé et d’une
praxis (ensemble de rites). Elle est liée à l’Etat et implique la
réinstauration de quelque chose qui a été perdu.
Remontée. Phénomène involontaire et inconscient au cours duquel se manifestent des
données de la vie psychique que la personne tend constamment à refouler.
Répression : consiste en l’inhibition de la naturalité et en
l’interdiction de la continuité.
Répression
parentale. Répression de la naturalité de
l’enfant, afin de l’adapter au devenir hors nature de
l’espèce.
Rétention. Phénomène inconscient du à la brisure de continuité. Le flux de vie ne
peut plus s’écouler normalement et « s’accumule ».
Révolution. On peut la définir comme résultant de l'union d'une épistémé,
pouvant inclure la science, et une pratique, l'insurrection, qui peut être un
art. Dans l'œuvre finale de A. Bordiga elle est posée en tant que
dépassement de la théorie et de la pratique. "On peut écrire la thèse
ainsi: « une seule pratique humaine est immédiatement théorie: la révolution."
Une telle approche du comportement de l’espèce, dont le fondement est le
rapport de la pensée à l'action, n'est pas nouvelle. On peut la retrouver chez
divers mystiques et, particulièrement, chez certains théologiens chrétiens ou
musulmans.
Science. Ensemble d’une épistémé (mathématique et logique) et d’une praxis : l’expérimentation. La science est en fait la science expérimentale. Ce qui est désigné tel, pour les époques qui précèdent son émergence, est en fait une épistémé. Il convient de distinguer l’expérience de l’expérimentation. La première est en rapport à un vécu et à des données psycho-existencielles et entre dans le domaine de l’immédiateté, de ce qui advient et dont on tire a posteriori un enseignement. Ce n’est pas le cas pour la seconde qui est pour ainsi dire médiatisée par l’hypothèse à vérifier. Toutefois, un individu peut se comporter vis-à-vis de lui-même comme par rapport à un objet d’expérimentation ce qui indique l’influence que peut avoir la science sur le mode d’être des hommes et des femmes.
Sexualité. Elle se présente comme étant un support fondamental de confusion et d’errance. Je rappellerai simplement que c’est un phénomène qui s’imposa environ trois milliards d’années après le surgissement du phénomène vie sur terre. Elle relève de la symbiose puisque à la base c’est une union de deux noyaux. A partir de là, une série de phénomènes interviennent dont l’intégrale constitue la sexualité. Ne pas tenir compte de cette intégralité relève de la dynamique de la réduction et de l’escamotage de la sexualité en tant que fonction de continuité.
Spéciose. Phénomène isomorphe à l’ontose mais concernant l’espèce. ce qu’elle produit en effectuant son devenir
hors-nature.
Spontanéité . Manifestation où toute cause externe est inapparente (dimension de
l'imprévu). Le spontané est ce qui surgit du « procès de vie » de la nature, du
cosmos ; de même chez l’homme, chez la femme, il est ce qui surgit du
procès d’engendrement de l’agir, tant dans sa dimension cognitive
(en rapport à la pensée), que dans sa dimension pratique (en rapport à la
praxis, à l’action). Il est ce sur quoi la réflexion pourra opérer.
La spontanéité est le mode de manifestation de l'instinct.
Tragling. La réalisation du tragling constitue un moment important de l'haptoévolution où le bébé humano-féminin
devint un être à porter, car il est non seulement nidicole – demeurant
dans le groupe au sein duquel il est né - mais doit être constamment porté par
les adultes (ainsi que par les adolescents et les personnes âgées). Tragling vient en effet du verbe allemand tragen signifiant porter. Ce concept a justement été mis au
point par des allemands. Cette nécessité du portage met en évidence à quel
point la continuité est essentielle chez Homo sapiens. Le
face à face lors du portage est en continuité avec celui lors de
l'accouplement. Elle implique en outre que la dimension familiale est celle de
la communauté, autre réalisation au cours de l’haptoévolution.
Ce concept de tragling nous fait percevoir
l'importance des arbres pour les hommes et les femmes, ainsi que celle de la
verticalité. La non réalisation du portage et donc la non manifestation du tragling détermine une foule de troubles. D'autre part,
l'acte de porter engendre une série de comportements, et "porter"
(ainsi que ses dérivés) a une importance considérable en tant que donnée
analogique pour signifier diverses attitudes humano-féminines.
Ainsi porter a un rapport avec le positionnement, car se positionner, c'est se
porter sur le continuum et, par là, révéler sa présence.
Transcendance.
« Transcender vise à sortir du blocage opéré
par la coupure, à franchir l’espace, le vide, le gouffre, induit par la
réalisation de la discontinuité. Cela vise aussi à exister à partir d’un
au-delà, à partir d’un point fixe devant déterminer tout le devenir se
déployant dans cet au-delà dénommé transcendance. Le même mot indique le
mouvement pour y accéder » La mise en place de « l’unité
supérieure » opère comme une épiphanisation de
la transcendance en tant que devenir ultime de la verticalisation
(cf. mouvement de la valeur)
Traumatisme : perturbation intense, affectant le « soma » comme la « psyché», qui
engendre une régression plus ou moins réversible au cours de la vie de la
personne.
Univers. Portion de cosmos tendant à une unité, à former un
tout.
Valeur. « C’est le
phénomène de représentation du discontinu opérant dans la communauté se
désagrégeant, posant par là la nécessité d’une quantification rendant
apte la représentation du positionnement de ses membres en son sein ».
« La valeur est un opérateur
de l’activité humano-féminine, à partir du
moment où il y a scission d’avec la communauté. C’est un concept
qui inclut mesure, quantification, jugement d’existence. Il se purifie au
cours de son autonomisation, c’est-à-dire qu’il se détache des
représentations mythiques, et se charge de déterminations nouvelles par suite
de son opérationalité dans divers domaines –
hors de celui strictement économique d’où il a surgi dans sa
détermination qui le rendit opératoire – qui peuvent connaître des
devenirs plus ou moins divergents ».
Toute valeur est un équivalent
général, que ce soit la valeur économique, la justice, l’honneur,
l’amour, la bonté, etc…
Violence. « La violence apparaît, se manifeste, dés qu’il y a rupture
d’un procès. Elle est ce qui permet la rupture, que ce soit dans le
milieu physique, cosmique, humain ».
Virtuel. « Nous désignerons virtuel ce qui est projeté par l’homme,
la femme, et qui n’est pas saisissable, à l’instar de l’image
virtuelle et, en même temps, le résultat de tout un procès technique qui se
traduit par une simulation. Cela est totalement en concordance avec le
processus de l’ontose qui est de rendre concrètes des situations
imaginées et projetées. L’individu dans la mesure où il est ontosé vit dans le virtuel ». Il devient virtuel et
par là insaisissable à autrui ; la communication devient impossible.
Il ne peut souvent être perçu qu’à la suite d’un acte de violence qui
extraie le virtuel et l’actualise. Dans la virtualité sont incluses les
quatre anthropomorphoses.