GLOSES EN MARGE D'UNE REALITE – VIII

 

 

 

 

Une prise de position au sujet des attentats du 11 septembre 2001, et à propos des événements successifs jusquà aujourdhui, nécessite une vaste investigation. Un exposé détaillé les concernant nest pas immédiatement possible. En conséquence, je présente quelques indications servant de points de repère.

 

Pour les introduire je ferai une remarque. Nous insistons sur le fait que lespèce tend à se retrouver en état de déréliction – létat de nature, selon certains théoriciens de la philosophie politique - et à revivre la menace. En ce qui concerne la déréliction elle fut étudiée par S. Freud (il parla dHilflosigkeit), par M. Heidegger qui théorisa la Geworfenheit, par E. de Martino qui laborda en traitant de la perdita della presenza (la perte de la présence)[1], mais aussi par H. Arendt qui lexposa en explicitant la loneliness traduit en français par désolation, ce qui me semble insuffisant, car elle  s’impose quand l’individu est abandonné de tous.

 

La loneliness-déréliction existe potentiellement au sein de la société-communauté actuelle du fait dune menace qui est celle de lélimination. «Car il est tout à fait concevable, et même du domaine des possibilités pratiques de la politique, quun beau jour une humanité hautement organisée et mécanisée en arrive à conclure le plus démocratiquement du monde – cest-à-dire à la majorité - que lhumanité en tant que tout aurait avantage à liquider certaines de ses parties » [2],

 

Lépiphanie pérenne de la menace est la superfluité: des hommes et des femmes deviennent superflus et doivent disparaître. Or, laccroissement énorme de la population active en quelque sorte la menace, ce dont H. Arendt était bien consciente. Toutefois la surpopulation nest quun support pour divers phénomènes cachés qui font que lespèce rejoue le possible de lextinction. En effet hommes et femmes deviennent superflus même dans des sociétés ne connaissant pas un excès de population.

 

 Tous ces concepts parlent donc bien de déréliction et de menace; ceux de détournement et de situation furent utilisés dans une dynamique dont le but était la libération. Au cours de la période contestataire on peut dire que, schématiquement, la visée fut de détourner afin de créer une situation[3] à partir de laquelle la libération serait inéluctable. Cétait en définitive, vouloir échapper au mécanisme infernal du rejouement sans en avoir perçu son effectivité-opérationnalité fondamentale liée à la répression parentale et sociale. En conséquence de quoi lespèce rejoue inéluctablement, et la menace simpose toujours plus avec dans son sillage la déréliction. Cest lenfermement toujours conjuré qui se réimpose constamment, aussi bien lors des phases de libération, où il y a tentative de retourner à un état où la coupure ne s’est pas imposée – létat en vigueur étant considéré comme relevant de la folie - comme lors de celles de répression où cest au contraire la coupure qui est exaltée et où la terreur est nécessaire pour la réactiver-réimposer. Au cours des phases où les tensions ne sont pas exacerbées, l’hubris, la démesure, exprime la vaine tentative de sortir de lenfermement, tandis que la dépression, la mélancolie sous ses multiples formes, avec leurs corrélats: la nostalgie, la résignation et la rêverie compensatrice et lénifiante, révèlent limpossibilité dy échapper.

 

L’échec de la libération a pour pendant celui déchapper à lenfermement et à la pesanteur[4] du mécanisme infernal en conquérant lespace. Limpossibilité de cette conquête fait partie des causes de tout ce qui advient depuis le 11 septembre 2001. (Septembre 2003)

 

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En fonction de la dissolution de la société-communauté en place, de la nécessité de quitter de monde et de la mise en évidence du phénomène spéciose-ontose en rapport à la répression parentale et sociale, voici ce qui simpose au sujet des événements du 11 septembre 2001 à New-York et Washington.

 

On ne doit pas condamner ni crier vengeance, pardonner ou disculper, ni crier victoire, sinon on pérennise un infernal mécanisme. Il est nécessaire de mettre en évidence celui-ci qui fait quhommes et femmes depuis des millénaires rejouent les mêmes horreurs. Percevoir ce mécanisme, cest percevoir comment des groupements humains sont tour à tour bourreaux puis victimes; ce qui nécessite aussi de le percevoir au niveau individuel. Il en découle quon doit rejeter les rôles de victime, de bourreau, dallié, dami, dennemi, mais aussi ceux de père et de mère en tant que personnages de la répression le plus souvent inconsciente exercée sur les enfants, et ce en rapport avec la coupure davec le reste de la nature. Il faut cesser de se lamenter et percevoir pour ne plus rejouer.

 

Ce qui est en train de se produire, cest la mise en place dune immense faille qui se manifestera dans un laps de très peu dannées. La discontinuité quelle recèlera ce sera justement quhommes et femmes ne lutteront plus contre un système mais essaieront de mettre en pleine évidence cet infernal mécanisme pour enfin se percevoir dans une naturalité et entreprendre une autre dynamique de vie.

 

Ce qui sest passé le 11 septembre 2001 révèle pleinement la spéciose-ontose et le fait que lhumanité vit constamment sous une menace inconsciente et rejoue le risque de lextinction. Une investigation approfondie est nécessaire car il témoigne pleinement de léchec de la sortie de la nature. Elle ne peut pas seffectuer dans la précipitation car elle réclame une « écoute » puissante et multiple. (23 septembre 2001)

 

 

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Jai reçu aujourdhui ton avis de positionnement: linfernal mécanisme. Et bien, pour moi, lemploi que tu fais des deux termes est déjà significatif. Dun côté il y a linfernal, au sens de ce qui sorigine et émerge des enfers, cest-à-dire du topos souterrain, règne de lobscurité, du mal, de la peur, de la mort, donc de lintériorité méconnue, engloutie en chaque homme, chaque femme et, désormais, dans toute lespèce, qui vient à jouer le même rôle que le travail mort sur le travail vivant de Marx, cest-à-dire quelle ne peut exister quen vampirisant la vie vivante du cosmos.

 

Lenfer, source première de la douleur et de limpossibilité de vivre, est une métaphore, un symbole qui toutefois dit réellement à quel point notre présence terrestre est évanescente et fictive si on considère sa dynamique dontose-spéciose. Il décrit donc ce qui existe (lirréalité) non ce qui est (cest pourquoi il est symbole).

 

Dautre part il y a le mécanisme terme qui évoque limpossibilité de déroger, la nécessité contraignante, lautomaticité dun advenu involontaire et, en même temps, une processualité  mise en acte pour agir en vue dune fin qui se révèle ensuite contraire aux attentes, entérinant une menace (souffrance) quune telle initiation de processus tendait,  dans lintention, justement à exorciser.

 

Le mécanisme infernal me paraît alors ce ça, comme tu dis, qui désormais simpose de manière auto évidente en prenant le dessus et en mettant en pièces tous les « verrous » (les défenses) comme: raison, frontière, équilibre, tolérance, sécurité, etc. cest-à-dire toutes ces constructions infinies, psychiques et sociales, qui constituent les modalités du  conjurement, jusquà montrer par son simple fonctionnement lhorreur primordiale nue et crue, mieux à la remontrer, étant donné quelle est un déjà vu , inconscient  mais déjà vu/vécu (conséquence de la coupure ?)

 

On nous dit que la première guerre du XXI° siècle est commencée. Drôle de guerre, je dirai, qui commence à avoir ses effets meurtriers avant même de se déployer effectivement (des millions de réfugiés sont déjà en marche vers aucun lieu). Cest le résultat de la simple menace de ce que les experts ont défini « guerre asymétrique »: dun côté il y aurait le visible, un État, un appareil militaire, un territoire, une juridiction, un peuple uni, et bla bla, qui devrait saffronter à linvisible. Lennemi est inconnu et délocalisé, il na pas de règles de conduite, mais est une pure menace dattaque, terreur transversale, totale. Il nest pas plus dehors quil nest dedans, interne, intérieur...Il en découle limpossibilité de se sentir en sécurité, protégé, et donc on vit dans la vulnérabilité maximale, dans létat de transe, dans lincapacité de sentir le présent tandis quon est prisonnier dune mémoire de douleur (comme dit Chesneaux) insaisissable, mais qui a précipité et sest coagulée sous le choc de cette dernière catastrophe humanitairo-médiatique.

 

Image et réalité ont pu parvenir à coïncider grâce à la médiation du vécu de terreur de chacun.

 

Je suis daccord que linvestigation sur ce qui est arrivé doit être développée dune manière approfondie sans régresser nous-mêmes dans lanalyse (ex: soutenir quon est retourné au tribalisme et quil sagit presque dune guerre pré-coloniale sinon pré-capitaliste) mais en insérant tous les apports théoriques précédents en une explication multiple et globale du cheminement de lespèce humaine. (Lettre de Cristina  Callegaro. 28 septembre 2001)

 

 

 

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Dans le n° du 10 mars du journal Libération, il y a un article de J. Baudrillard: Le masque de la guerre, où est exposée, clairement et, surtout, de façon plus complète, sa position. Cela n’empêche pas que celle-ci renferme une grande confusion. «Or cette guerre est un non-événement, et il est absurde de se prononcer sur un non-événement {que fait-il avec son article?}. Il faut d’abord savoir ce quelle masque, ce dont elle tient lieu, ce quelle sert à exorciser. Et il ny a pas besoin de chercher bien longtemps: lévénement à quoi soppose le non-événement de la guerre cest le 11 septembre. Lanalyse doit partir de cette volonté dannulation, de blanchissement de lévénement originel...». Ici il y a un glissement de annulation à blanchissement. On passe de lidée de détruire à celle de modifier. Le dernier terme est beaucoup employé sur le plan financier... En outre, il y a un immense escamotage: le 11 septembre est le moment fondateur dune nouvelle dynamique, celle qui devrait fonder une nouvelle histoire comme on la fait avec la Shoah, mais aussi de façon quelque peu contradictoire amener la fin de lhistoire. Autrement dit le phénomène sert en tant que support de justification quil faut éliminer, pour fonder une autonomisation assurant laséité, la non-dépendance totale. Dés lors il est également important de noter que les étasuniens vont porter le conflit là où se sont imposées les présuppositions au devenir de lOccident, au développement de la valeur, puis du capital. Et ce tant sur le plan, disons matériel, économique, que spirituel, puisque les étasuniens visent à dominer non seulement lIrak, antique Mésopotamie, mais lIran, lantique Perse où se développa la théorie de la lutte du bien contre le mal à laquelle se réfère constamment G.W. Bush.

 

J. Baudrillard poursuit: «ce qui rend cette guerre fantomatique, inimaginable en quelque sorte puisquelle na pas de finalité {ici simpose une contradiction puisque précédemment il a parlé de «volonté dannulation», à moins de poser que «cette volonté» nimplique aucune finalité[5]}. Un peu plus loin il précise: « elle na que la forme dune conjuration, celle dun événement quil est justement impossible deffacer». Mais la conjuration implique une finalité, comme il lindique implicitement lui-même. Cependant il tend à escamoter en faisant intervenir la forme. «Ce qui fait quelle est dores et déjà interminable, avant même davoir commencé. En fait, elle a déjà eu lieu et le suspense lui-même fait partie de limposture.» Cette guerre est et nest pas. Ce qui est certain cest quil y a quelque chose qui provoque une forte remontée car pourquoi parler dimposture, en quoi consiste-t-elle? A moins que ce soit en rapport à: « Elle ouvre sur une guerre infinie qui naura jamais lieu. Et cest ce suspense qui nous attend dans le futur, cette actualité diffuse du chantage et de la terreur sous forme du principe universel de prévention». Limposture serait le suspense. Et le suspense est une expression de lontose-spéciose.

 

«Cest exactement le scénario de la guerre dIrak {une telle affirmation implique quelle existe, quelle a lieu, alors quil a affirmé quelle naura jamais lieu}: éliminer le futur acte criminel dans l’oeuf (lusage par Saddam darmes de destruction massive). La question qui se pose irrésistiblement, cest: le crime présumé aurait-il eu lieu? {Elle a une réponse: tu es coupable puisque tu existes.} (...) Ablation du «Mal» {ceci mévoque «volonté dannulation»} sous toutes ses formes, ablation de lennemi qui nexiste plus en tant que tel (on lextermine tout simplement) {en effet on pourrait concevoir lablation de ce qui dans les hommes les rend ennemis, mais si on enlève tout et non une partie, alors, effectivement cest une extermination; mais pourquoi ne pas dire simplement tuer; exterminer porte une remontée}, ablation de la mort: «Zéro mort» devient le leitmotiv de la sécurité universelle {il y a un glissement: on passe du cas particulier des étasuniens à la totalité des hommes et des femmes; zéro mort peut vouloir dire que personne ne désire mourir}. Véritable principe de contraception {sil en est ainsi quelle est la conception et que fut-il conçu?}, de deterrence (dissuasion), mais sans léquilibre[6] de la terreur. Cette dissuasion sans guerre froide, cette terreur sans équilibre, cette prévention implacable sous le signe de la sécurité va devenir une stratégie planétaire». Arrivé à ce stade du développement théorique on peut se dire: la guerre, qui est un non-événement, masque l«ablation du mal». Or, tout de suite après, J. Baudrillard nous dit: «Le «Mal» est ce qui arrive sans prévenir, donc sans prévision possible». Cela confirme bien ce que je te disais dans ma précédente lettre: le mal cest limprévu et, si nous allons au fond de la chose, cest la spontanéité, parce que la manifestation de limprévu, qui implique la spontanéité, active lempreinte de la menace. Donc pour faire lablation du mal il faut empêcher quun quelconque imprévu se manifeste, il faut inhiber toute spontanéité. Cest ce que hommes et femmes ontosés-es tendent à réaliser depuis des millénaires. Ce qui est nouveau cest que cela se révèle mais à travers la confusion. «Cest bien sûr le cas du 11 septembre – cest en cela quil fait événement {lévénement a la dimension de limprévu, de limprévu qui traumatise à cause même de son imprévisibilité qui active lempreinte de la menace et par là détermine toutes sortes de réactions fondant une réalité} et soppose radicalement au non-événement de la guerre {qui existe et nexiste pas}. Le 11 septembre est un événement impossible {là il y a confusion: sil a eu lieu, cest quil était possible; en revanche il ne fut pas prévisible, plus exactement pas prévu}, inimaginable». En fait, il devrait dire qui ne pouvait pas être imaginé car, maintenant quil sest produit, on peut limaginer. Saffirme ici le refus de ce qui sest passé, le désir de conjurer. La question de limagination rejoint ici celle de lanticipation qui a une forte dimension ontosique : on imagine afin de pouvoir anticiper ce qui va advenir, afin de se prémunir contre une menace. En conséquence on nie toute spontanéité afin de se mettre en sécurité. Donc dans laffirmation de J. Baudrillard pointe la déréliction: limpossibilité de se mettre hors danger, déchapper à une impuissance. «Il se réalise avant dêtre possible {cest sa réalisation qui révèle sa possibilité, ce qui implique quil na pas été prévu; la prévision aurait dévoilé son possible} (même les films-catastrophes ne lont pas anticipé, ils en ont au contraire épuisé limagination).» Cette affirmation va à lencontre de toutes celles émises après les événements qui mettaient en évidence lextraordinaire parenté entre ce qui avait eu lieu et ce qui avait été imaginé[7] . Mais J. Baudrillard doit dire le contraire pour pouvoir fonder sa thèse et pouvoir affirmer lépuisement de limagination. Mais par là il méconnaît totalement le phénomène de la spéciose. Hommes et femmes passent leur temps à imaginer des scenarii afin de conjurer. Ils anticipent constamment et ce dautant plus que lempreinte de la menace simpose plus du fait que tous les recouvrements nont pas été opérationnels, que les conjurations ont été inutiles. Cest parce quils sont hantés par limprévu - épiphanie de la menace – quils sont constamment en train de le représenter afin de le conjurer. Le développement énorme de la science-fiction parallèle au développement de la science, qui devait permettre dapporter la sécurité, devient encore plus important justement quand il se révèle quen dépit de celui-ci la menace persiste. «Il est de lordre de limprévisible radical (où on retrouve le paradoxe selon lequel les choses ne deviennent possibles quaprès avoir eu lieu)». Quand on parle de quelque chose dimprévisible, il faut tenir compte de 1° il a lieu. Alors était-ce vraiment imprévisible? 2° il na pas eu lieu. il sagit alors de statuer sur léventualité de ladvenu d’un quelque chose. On peut imaginer un événement et dire quon ne peut pas prévoir quant il peut se produire. Le paradoxe dont il parle exprime le refus de la spontanéité et limpossibilité de léliminer. Dans le cas de la destruction des tours de Manhattan lévénement était imaginable, et il fut imaginé. Une italienne a fait le rapprochement avec une arcane du tarot où lon voit la destruction dune tour. On peut même faire intervenir la destruction de la tour de Babel. La tour a représenté labri, la mise en sécurité, parce quelle permet de dominer et donc de prévoir et par là de se mettre à labri de toute menace. C. G. Jung y aurait vu la représentation dun archétype. J. Baudrillard nous parle de son refus dêtre détruit, aboli. Il refuse la déréliction que G. de Nerval exposait ainsi (je cite de mémoire):

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé

Le prince dAquitaine à la tour abolie,

Ma seule étoile est morte et mon luth constellé

Porte le soleil noir de la mélancolie.

 

Souvre un domaine dinvestigation important: comment dans les diverses aires géo-sociales, hommes et femmes ont abordé limprévu? Comment ont-ils tenté déviter la mise en déréliction? Ainsi dans le cas de la situation actuelle, dans le monde musulman, par exemple, pour léviter, il faut enrayer la dissolution de lUmma.

 

Depuis des milliers dannées hommes et femmes sont hantés par la catastrophe et, je me répète, ils anticipent afin de conjurer. La recherche dun déterminisme universel, implacable et que lespèce pourrait contrôler, manipuler, sorigine dans la volonté inconsciente déliminer la menace. En compensation le hasard devient un principe pour expliquer lorsquon a été surpris, lorsque notre déterminisme nest plus opérant. Jinsiste, la peur de limprévu est liée à ce quoriginellement lespèce fut menacée dextinction, phénomène imprévisible, inimaginable[8]. Depuis lors elle se meut dans le refus de ladvenu, de la spontanéité. La séparation davec le reste de la nature (pour fuir la menace) a induit le refus de la naturalité et donc de la spontanéité de lenfant. Voilà pourquoi jaffirme que si nous nous libérons de lempreinte de la menace, nous pouvons advenir à une autre dynamique de vie où notre procès de connaissance sera totalement différent du fait de louverture à la spontanéité liée à la certitude dêtre à même de la vivre. Ainsi lespèce ne passera plus son temps à nier les autres. En effet vouloir imposer son déterminisme (ou la fatalité) cest nier la manifestation des autres. Affirmer le hasard revient au même, puisque pour expliquer la manifestation de lautre (quel quil soit, de l'ordre ou non du vivant) je fais appel à un principe extérieur à lui, non à sa spontanéité. Le hasard rassure alors, surtout si lautre a fait quelque chose qui me nuit. En fait il ne me voulait pas de mal, cest le hasard. Cela nimplique nullement le rejet de la prévision. Toutefois il faut bien se rendre compte que la nécessité de celle-ci simpose quand nous sommes dans des situations difficiles qui peuvent apparaître presque comme des impasses dont il faut sortir. Il est clair que dans ce cas l’empreinte de la menace peut être réactivée. Lexaltation de la prévision de la part de la Gauche, particulièrement chez A. Bordiga, avait une dimension spéciosique.

 

Je reprends le texte. «La différence est totale avec la guerre, qui, elle, aura été tellement prévue, programmée, anticipée, quelle na même plus besoin dêtre» Ceci amène un autre élément de confusion. Est-ce pour cela quelle naura jamais lieu? Mais je sens quon doit faire intervenir autre chose. Le fait que les USA ne se soient pas immédiatement décidés à faire la guerre comme cétait leur désir et quon ait toutes les tractations diplomatiques qui semblent parvenir à leur fin, est peut-être en liaison avec la peur dun imprévu qui peut surgir de leur intervention belliqueuse. Je suis stupéfait par la disproportion des forces en présence: celles de lIrak et celles des USA. Donc ceux-ci veulent se donner des garanties totales en faisant intervenir tout le monde. La recherche des garanties résulte de la peur de limprévu. A ce propos on peut considérer quavec la spéculation capitaliste il y a le rejouement de se retrouver dans une situation à risques. En compensation on a le développement énorme des assurances. En paraphrasant Lénine on pourrait dire: lassurance généralisée, phase suprême du capitalisme. «Et même si elle a lieu «réellement», elle a déjà eu lieu virtuellement - ce ne sera pas un événement {un événement ne peut être que réel}. Le réel est ici à lhorizon du virtuel. Cette emprise du virtuel est encore renforcée par le fait que la guerre annoncée est comme le double, le clone de celle du Golfe». Là encore la métaphore permet un glissement. Quest-ce qui a été pris de cette dernière pour produire le clone? «Ce sont deux événements clones qui encadrent de part et dautre lévénement crucial». Si on suit sa logique: la guerre du Golfe aurait servi à conjurer un événement à venir, celui du 11 septembre, ce qui implique quau moins inconsciemment il fut prévu, voire désiré, pour ensuite léliminer.

 

«On comprend mieux à partir de là en quoi cette guerre est un événement de substitution {dans ce cas il serait virtuel}, un ghost event, un événement fantoche à limage de Saddam {qui nest pas virtuel; en outre un événement fantoche nest pas un événement, de la même façon que les « sophistes » chinois de la période des Royaumes combattants affirmaient quune cheval blanc nétait pas un cheval}. Une immense mystification - pour les Américains eux-mêmes -: avec le 11 septembre sest ouvert en même temps quun travail de deuil, un gigantesque travail de contraception: faire que le 11 septembre nait pas eu lieu {donc ce qui fut conçu cest cet évènement; quels en furent les concepteurs, les géniteurs? J. Baudrillard se sert-il de ce support pour affirmer quil naurait pas voulu être conçu? Se pose aussi: comment une telle conception fut-elle possible?}, le même principe de prévention {dissuasion}, mais rétrospectif, entreprise sans espoir et sans fin».

 

«Mais alors, quelle est la stratégie finale ou du moins le résultat objectif de ce chantage préventif?» Exercer un chantage cest faire intervenir une menace. Autrement dit on a le rejouement positif, cest-à-dire quau lieu de subir il y a mise en action. «Mais alors, quelle est la stratégie finale ou du moins le résultat objectif {veut-il dire un résultat dont les acteurs ne sont pas conscients? En ce cas il exprimerait le mécanisme infernal} de ce chantage préventif {cela implique que les acteurs prévoient quelque chose}. Ce nest pas de prévenir le crime, dinstaurer le Bien, de corriger le cours irrationnel du monde. Même le pétrole et les considérations géostratégiques directes {que vise-t-il?} ne sont la raison dernière». Mais alors pourquoi a-t-il parlé précédemment de «lablation du mal» tel quil sest révélé dans lévénement du 11 septembre 2001? «La raison ultime, cest d’instaurer un ordre sécuritaire, une neutralisation généralisée des populations sur la base dun non-événement définitif». Donc en ayant éliminé le mal puisquon aura imposé quelque chose qui ne relève plus de limprévu. Je rappelle: « Le « Mal » est ce qui arrive sans prévenir, donc sans prévention possible». Par là on réalise lassurance généralisée et on élimine les remontées qui ramènent linsécurité, etc... Ce qui suit est cohérent avec ce quil vient daffirmer. «La fin de lhistoire en quelque sorte, mais pas du tout sous le signe du libéralisme triomphant de laccomplissement démocratique chez Fukuyama - sur la base dune terreur préventive mettant fin à tout événement possible». Mais sil y a terreur, lempreinte de la menace, non seulement nest pas éliminée mais elle activée en permanence. Donc lhumanité rejouera, et cest le système lui-même qui sera support et opérateur de menace. J. Baudrillard le sent bien: «La terreur distillée partout - le système finissant par se terroriser lui-même sous le signe de la sécurité; cest bien là la victoire du terrorisme». Cest en fait la révélation que lespèce vit constamment dans la terreur. Elle ne peut plus le cacher, le masquer en recouvrant. Il en est de même avec la catastrophe. Elle nest pas à venir mais elle va - et cela commence dailleurs à se produire - se révéler. Cette catastrophe témoignera dune autre plus ancienne dont lhumanité na jamais été pleinement consciente, celle consécutive à la séparation davec le reste de la nature. «Et si la guerre virtuelle {ici cela semble signifier qui na pas eu lieu, même pas simulée!} a déjà été gagnée sur le terrain par la puissance mondiale {est-ce que cela désigne la puissance du monde ou la celle des USA apte à sassurer une puissance mondiale?}, cest le terrorisme qui la gagnée sur le plan symbolique par lavènement de ce désordre généralisé». Je dirai que lacte terroriste a permis de révéler, comme je lai déjà indiqué, le fait que lhumanité vit sous terreur. J. Baudrillard na pas indiqué ce quest ce désordre ni ce quest le plan symbolique; il na pas signalé quels sont les symboles mis en jeu. Dois-je faire intervenir ce quil écrit un peu plus loin: «Le 11 septembre apparaît ainsi du point de vue du pouvoir comme un gigantesque défi où la puissance mondiale {à nouveau, sans précision} a perdu la face»?

 

«Cest dailleurs lattentat du 11 septembre qui a parachevé le processus de mondialisation - non pas celui du marché, des flux de capitaux, mais celui symbolique, bien plus fondamental, de la domination mondiale - en provoquant une coalition de tous les pouvoirs, démocratiques, libéraux, fascistes ou totalitaires, spontanément complices et solidaires dans la défense de lordre mondial». Ce qu’ils défendent cest lordre du recouvrement, ce qui permet de ne pas être en contact avec la souffrance, car ce quont révélé les attentats cest linsécurité, la hantise de la menace, lartificialité des rapports humano-féminins, la distance entre les individus, la discontinuité qui semble ne pouvoir être abolie que par un acte de violence... «Tous les pouvoirs contre un seul alien. Et toutes les rationalisations déchaînées contre lassertion du Mal». La seconde phrase mest obscure car dans la première on perçoit tous les Etats - dans leur diversité politique (démocratique, etc) vis-à-vis du terrorisme qui serait lautre, comme si le terrorisme nétait pas inclus dans ces divers Etats, et dans la seconde il semble que toutes les rationalisations fassent allusion à une opposition des divers pays à la puissance des USA dont les dirigeants ont affirmé lexistence du mal, dun axe du mal, etc.. Ce quil écrit ensuite tend à me conforter dans cette perception. «Or cest contre cette puissance mondiale {qui nest pas clairement nommée, délimitée) que tout le monde se dresse, et cest contre elle que fait irruption la contre-puissance symbolique du terrorisme (elle nest pas que symbolique et, en outre, cette dimension symbolique n’est pas explicitée; elle est symbolique dans la mesure où elle saffronte aux symboles de la puissance étasunienne). Celui-ci aura fait éclater larrogance et la démesure de la puissance tenant le monde entier en respect dans limminence dune guerre incompréhensible». Ny a-t-il pas, là, une explication de son : «Ni pour, ni contre la guerre». La question de la guerre contre lIrak ne se posait pas encore de façon nette, précise lorsque les attentats eurent lieu.

 

J. Baudrillard indique ce qui se révèle être quelque chose deffectif depuis très longtemps. «Cest lhypothèse implicite du pouvoir: les populations elles-mêmes sont une menace terroriste pour lui». Il en fut toujours ainsi parce quil ne peut pas éliminer les remontées. Il est parvenu à cette conclusion en faisant un détour par Moscou où eut lieu la prise dotages par les tchétchènes et où le pouvoir russe intervint en massacrant terroristes et otages. «Otages et terroristes confondus dans le massacre - donc virtuellement complices. Cest le principe terroriste extrapolé à toute la population». Vient ensuite la phrase citée précédemment. Ce qui me gène ici cest lutilisation du mot«virtuel». Pour moi cela implique que ce sont les gens du pouvoir qui projettent dans les otages la dimension de terroriste. En réalité ils ne lont pas. Dans ce cas là elle serait potentielle. En conséquence un acte violent est nécessaire pour faire apparaître le virtuel et le lancer dans le réel. Doù le massacre. «Le terrorisme dans son action cherche dans la solidarité {complicité} des populations sans la trouver. Mais ici cest le pouvoir lui-même qui réalise brutalement cette complicité {solidarité} involontaire. Curieusement cela me fait penser à la culpabilité métaphysique de K. Jaspers. «Il existe entre les hommes du fait quils sont des hommes, une solidarité en vertu de laquelle chacun se trouve co-responsable de toute injustice et de tout mal commis dans le monde, et en particulier des crimes commis en sa présence, ou sans quil les ignore. Si je ne fais pas ce que je peux pour les empêcher, je suis complice. Si je nai pas risqué ma vie pour empêcher lassassinat dautres hommes, si me suis tenu coi, je me sens coupable en un sens qui ne peut être compris de façon adéquate, ni juridiquement, ni politiquement, ni moralement. Que je vive encore, après que de telles choses se sont passées, pèse sur moi comme une culpabilité inexpiable». La culpabilité allemande, p. 47 (en allemand le titre est Die Schuldfrage, La culpabilité). Etant donné le nombre de crimes, dhorreurs commis de par le monde, nous avons tous une culpabilité métaphysique énorme qui est inexpiable. Cette affirmation nest possible quen mystifiant la dimension Gemeinwesen de tout homme, de toute femme. Cest à cause delle que nous serions liés aux horreurs commises. Dune certaine façon cest donc la reconnaissance de la non-séparabilité, mais pour nous condamner à expier du seul fait dexister en ce monde. En conséquence la dynamique de sortie de celui-ci est fondamentale. Je ne participe plus à lui et ma dimension Gemeinwesen ne peut être en continuité quavec lêtre naturel réprimé en chaque membre de lespèce.

 

Donc, dune certaine façon le pouvoir dont parle J. Baudrillard nous reconnaît tous coupables. Or le pouvoir dans ce sens ressemble à lunité supérieure, à Dieu. Vis-à-vis de lui nous sommes tous coupables. Si nous ne le savons pas, lui, le sait. Cette culpabilité est en quelque sorte virtuelle, puisquil faut un procès déterminé de lextérieur de nous-mêmes pour la révéler. Et lon retrouve ce qua avancé notre auteur. Mais là nous sommes en pleine spéciose-ontose. La virtualité résulte de la projection des autres en nous du fait quils ne nous perçoivent pas dans notre naturalité et dans leffectuation de notre spontanéité.

 

Cette idée dune culpabilité métaphysique a été affirmée dans un autre discours par les anarchistes de la fin du XIX° siècle. Ils considéraient que du moment quon ne luttait pas contre la société capitaliste on était coupable. En conséquence ils jetaient des bombes dans les cafés. Cest implicite dans le mot dordre: « qui nest pas avec moi est contre moi »

 

Ainsi le thème de la culpabilité devient envahissant et traduit à quel point elle est le fondement de lontose. La tendance à la prépondérance du pouvoir judiciaire à lheure actuelle montre la nécessité de rejouer la culpabilité. La faute devient le support de la menace. Il y a une faute cachée quil sagit de déceler. Très curieusement la plupart des chefs dÉtat sont minés du fait dune faute. Ainsi de G.W. Bush qui est un homme qui réussit remarquablement jusquau jour où la faute est révèle et risque de graves ennuis. Heureusement, belle coïncidence, les attentats du 11 septembre. Tous ces hommes, toutes ces femmes qui ont été tués-es- ce jour-là étaient eux aussi des gens dans la réussite, et puis cest comme si une culpabilité les avaient rattrapés et les avaient condamnés, annulés. G.W. Bush représente ce type dhommes et de femmes dont la réussite est compromise, qui vivent le danger de cette compromission. Alors ils foncent avec lui pour détruire un mal qui les met en cause, les met dans linsécurité. Il faut quils recouvrent comme cela a été fait avec les bombardements en Afghanistan, en Irak et que cela va reprendre en ce même pays.

 

H. Arendt a écrit que A. Hitler était le raté au pouvoir et quil a représenté tous les ratés. Cest juste, et il est bon de voir comment le phénomène opère avec G.W. Bush. Dans cette étude on doit tenir compte que la dynamique de linstauration dune unité supérieure qui sécurise, tend à se réimposer. Cest la dynamique qui a besoin de dieu comme sauveur suprème.

 

 «Nous sommes virtuellement les otages du pouvoir {cest son affaire, pas la mienne puisque jai quitté ce monde, jai dissous toute solidarité et je ne puis pas être piégé par une culpabilité métaphysique; dautant plus que la virtualité engendre la violence afin que le phénomène devienne réel au sens de tangible}, et nous avons affaire à une coalition de tous les pouvoirs contre toutes les populations - ceci est tout à fait visible aujourdhui dans limminence de la guerre qui aura lieu de toute façon au mépris de lopinion mondiale». Si la guerre aura lieu cela veut dire quelle aura une réalité et tout ce quil a écrit précédemment lui a permis de ne pas prendre position à son sujet. Est-ce quaffirmer le fait quelle aura lieu implique de se prononcer à son sujet? Dautant plus que la fin de la phrase implique tout de même une certaine prise de position. La réalité de cette guerre simpose à lui puisquil réaffirme: «() puisque personne ne veut de la guerre, mais quelle aura lieu quand même, avec lassentiment plus ou moins camouflé de tous les pouvoirs».

 

Quen résulte-t-il? «On a affaire désormais à lexercice dune puissance à létat pur {quest-ce?}, dun pouvoir sans souveraineté. () Et ce pouvoir-là qui na plus de référence légitime, ni même dennemi véritable (puisquil le transforme en une sorte de fantôme criminel) se retourne sans complexe contre ses propres populations». Cest la dynamique du nazisme. H. Arendt affirme quA. Hitler pensait devoir appliquer aux allemands ce qui avait été infligé aux juifs. A ce propos on peut constater la même autonomisation paranoïaque et mégalomane chez G.W. Bush...

 

Ensuite simpose, selon moi, la confusion qui masque en fait tout ce qui peut y avoir de juste dans le discours; comme si lauteur après avoir fait un effort de clarification retombait dans la confusion dont il essayait démerger. «Mais la réalité intégrale du pouvoir est aussi sa fin {cela mévoque le discours révolutionnaire qui postule quinévitablement il y aura crise, que le capitalisme s’écroulera, etc}. Un pouvoir intégral {complément à «une puissance à létat pur»} qui ne se fonde plus que sur la prévention, la dissuasion, la sécurité et le contrôle, ce pouvoir-là est symboliquement vulnérable: il ne peut se mettre en jeu et finalement il se retourne contre lui-même». Cela mévoque la théorie de la contradiction interne qui provoquera inévitablement la destruction du système. Cela implique en outre que tout se joue désormais au niveau symbolique. Je veux bien, mais alors il faut être clair sur ce quest ce domaine symbolique. Comment les pouvoirs non intégraux se mettaient-ils en jeu? Est-ce que le jeu fait partie du domaine symbolique? «Cest cette faiblesse, cette défaillance interne de la puissance mondiale que révèle le terrorisme à sa manière - tout comme une angoisse inconsciente se trahit par un acte manqué». Il révèle linefficacité du recouvrement de langoisse, de la hantise dune menace. «Cest proprement là « lenfer du pouvoir » {Cette métaphore ne clarifie rien: est-ce que lenfer traduit le tourment où se trouveraient les hommes exerçant ce pouvoir? Ou est-ce que cela veut désigner la caractéristique dun enfer qui serait le pouvoir, comme il fut parlé dune malédiction du pouvoir?}. Le 11 septembre apparaît ainsi du point de vue du pouvoir comme un gigantesque défi où la puissance mondiale a perdu la face». Pour moi cela veut dire: ce qui sest passé le 11 septembre est un acte manqué au cours duquel sest révélé lexistence dune puissante angoisse. Une angoisse que le pouvoir devait recouvrir conjurer. La complicité dont il a été question se révéle dés lors comme résultant du fait que langoisse est commune à tous: les hommes du pouvoir, les terroristes, les victimes, et tous les survivants. Dire que cest un acte manqué signale la dimension de manipulation qui eut lieu: des services en accord avec les dirigeants ont essayé de manipuler les terroristes, et par là, de manipuler le mécanisme infernal. Mais ils ont été dépassésEn outre dans la mesure où le terrorisme lance un gigantesque défi qui peut apparaître comme une vaste mise en jeu, il tend à régénérer le pouvoir. «Et cette guerre {donc elle existe} loin de relever le défi, n’effacera pas lhumiliation du 11 septembre. Il y a quelque chose de terrifiant dans le fait que cet ordre mondial virtuel {il affirme sans avoir mis en évidence: en quoi cet ordre mondial est virtuel} puisse faire son entrée dans le « réel » avec une telle facilité». Jai limpression que ce qui terrifie c’est linconnu. La fin de larticle me le confirme. «Lévénement terroriste était étrange, dune insupportable étrangeté». En même temps elle semble être un aveu: ce qui est advenu le 11 septembre mest incompréhensible, il mest étranger et me plonge dans la confusion. Tout ce que je désire cest de ne pas être entraîné dans une dynamique qui me fait peur la dernière phrase est encore plus claire. «La non-guerre {celle qui aura quand même lieu?}, elle, inaugure linquiétante familiarité de la terreur». Et là il dit pleinement ce qui se passe en chacun, chacune, et ce depuis des siècles. Il fait clairement référence à lessai de S. Freud écrit après la première guerre mondiale, en 1919, mais dont la gestation remonte au moins aux années 1912-1913. Il sagit de Das Unheimliche traduit en français par L‘inquiétante étrangeté, qui est dune grande ambiguïté comme je lai montré dans mon étude sur S. Freud. Il y a la hantise de quelque chose qui apparaît étranger et qui pourtant provient de notre passé, de quelque chose qui nous fut familier. Il sagit de la hantise et de lobsession. Donc cela veut dire que se révèle pleinement que les hommes et les femmes sont toujours hantés par quelque chose qui leur est à la fois étranger et familier: la terreur. Et le terrorisme apparaît en partie comme étant le procès qui rend visible ce qui nous hante, afin de sen libérer. Mais pour se libérer de la terreur, il ne sagit pas de la réactualiser, mais de ressentir à quel point elle nous habite, et ce qui la fonde: la terreur de la mise en déréliction.

 

J. Baudrillard recourt à deux films: Ni pour ni contre de Cedric Klapisch et Minoriy Report de Steven Spielberg pour introduire lessentiel de son discours. Il recourt au symbolique, à la représentation.

 

Que peut-on déduire de cette analyse de larticle ainsi que dune étude investigatrice au sujet de la situation mondiale? Cest que la déréliction simpose à nouveau de façon profonde et diverse à lespèce. Le désarroi napparaît pas seulement dans cet article, mais dans tout. Ensuite, du fait du passage de la domination du capital sous sa forme autonomisée à une domination de la virtualité cela implique que ce qui tend à devenir essentiel cest ce qui est introjecté en nous: le virtuel donc. Autrement dit la réalisation de la domination, son maintien doit tenir compte de la donnée psychique. Cela implique bien que ce que K.Marx a exposé au sujet du capital sest réalisé. Il ny a plus besoin dune analyse de celui-ci en tant quinstance déterminante en dernier recours. En conséquence, il est important de montrer en quoi linformation est déterminante; linformation qui doit donner forme; linformation qui virtualise. Tout lappareil informationnel apparaît comme un système général de projection tendant à assurer une domination interne globale, un contrôle total. Etre dominé, cest être virtualisé et cela passe par linformation. Lécroulement du recouvrement, auquel le capital participait fondamentalement, fait que le refoulé accumulé sur des milliers dannées devient apparent et opérationnel du fait de limpossibilité à recouvrir. Tout ayant été capitalisé les autres facteurs peuvent devenir déterminants. En conséquence tout ce quon a dit au sujet des causes économiques, des causes religieuses, culturelles est valable mais cela népuise nullement la question. Jai écrit quon avait la fin de la culture avec le mouvement de Mai-Juin 1968; dit en termes de la théorisation de la spéciose-ontose cela veut dire la fin du recouvrement. Ainsi nous avons la faillite de masquer la mort potentielle du capital tentée avec les politiques de R. Reagan et M. Thatcher. Á ce propos il est remarquable que les deux gouvernements les plus acharnés pour intervenir au Moyen-orient (ce nest pas que lIrak qui est visé) sont les USA et la Grande-Bretagne.

 

Pour aborder la question de ce qui se joue à propos du Moyen-Orient il faut tenir compte quil seffectue là une espèce de synthèse de tous les conflits du passé par réactivation dune foule de contradictions: ainsi de lopposition entre la France et la Grande-Bretagne qui na jamais été clairement liquidée comme semble lavoir été celle entre La France et lAllemagne. Nous voyons ressurgir la vieille opposition entre puissances maritimes (Grande-Bretagne, USA, Espagne) et continentales (France, Allemagne, Russie). Il se rejoue à une échelle plus vaste et avec une intensité accrue les antagonismes qui se posèrent avec ce que lon appela à la fin du XIX° siècle la question des Balkans. Á ce propos, il est important de noter que cest avec le conflit dans cette zone qui au début du XX° siècle prépare les données de la première guerre mondiale, que tout commence, et que donc cest aberrant de dire que ce siècle naît en fait avec 14 ans de retard. Je persiste à penser que lannée 1905 est décisive et lessentiel de la perturbation qui va affecter lOccident sélabore dans les premières années du siècle: en physique, en peinture, en psychologie, etc.. Or, et je ferme ma digression, la question des Balkans se règle à la fin du XX° qui ne finit pas avec 1989. Autrement dit quand commence le XXI° siècle en 2001 un cycle est achevé et, avec les attentats du 11 septembre, commence effectivement quelque chose dautre, ce qui nempêche pas comme je lai dit quil y a rejouement. Pour le prouver je reprends la question des Balkans: là nous avions affrontement de lOccident anglo-latin, de lOccident orthodoxe et de lIslam. Or au Moyen-Orient ces aires géosociales saffrontent (avec la présence déterminante des USA dans la première aire) mais avec en plus laire hindoue, celle chinoise, et même, par le relais de lEgypte-Soudan via la Somalie, laire africaine. Du fait de la disparition de leur aire propre les amérindiens du nord comme ceux du sud, les descendants des incas et ceux des aztèques, sont affectés indirectement; il en est de même pour les aborigènes dAustralie.

 

La synthèse implique ce que jai appelé lintégration des contradictions et des phénomènes non résolus. Ainsi de lunité supérieure en rapport avec la verticalité. Elle se réimpose avec le fascisme et le nazisme et toutes leurs variantes. On la voit se perpétuer dans les mouvements dextrème-droite et à léchelle mondiale au travers de la dynamique des USA tendant à lhégémonie mondiale.

 

Le rapport de la Russie vis-à-vis des USA rappelle celui quelle eut à la puissance mongole. Il y a lessai dutiliser la dynamique libérale prônée par les USA pour parvenir à échapper à sa domination. Par là il y a renforcement du mécanisme infernal.

 

 Donc ce qui est essentiel à mettre en évidence cest la fin du recouvrement, donc le dévoilement de la spéciose-ontose. Dun point de vue global on peut dire quavec la fin de la guerre en 1945 simpose une certaine sortie de la déréliction avec le développement de ce quils ont appelé les «trente glorieuses». A partir de ce moment-là va se remettre en place la dynamique de la déréliction. Il y a la phase de la mort potentielle du capital qui peut être conjurée et recouverte. Cest en rapport à cela quil faut situer la guerre de 1991 contre lIrak qui a marqué une discontinuité négative.

 

Tenir compte du problème du contrôle total, abordé par les théoriciens du totalitarisme. A noter que ce dernier terme renvoie à une forme et de ce fait on perd - tout au moins on en court le risque - tout le contenu, la substance. Cest une forme de domination politique, donc quun aspect dun phénomène.

 

La dimension mystique et lobstination que manifeste G.W. Bush, sa fascination du bien, du mal, son idée plus ou moins inconsciente délection. Á ce propos, il est essentiel de souligner que le peuple le plus matérialiste, le plus adonné au capital est en même temps le peuple le plus mystique de laire occidentale. La réalisation du capital, de ce quils nomment léconomie libérale, est comme la réalisation dun destin, laccomplissement dune élection. Mais, en même temps la remise en cause de cette réalisation à léchelle mondiale réactive lempreinte de la menace et celle de la culpabilité qui remet les étasuniens en présence du numen ce qui terrifie et fascine.

 

Les événements ont montré léchec de la sortie de la nature. Alors se pose quoi faire? Il semblait quon avait tout résolu. Ainsi G.W. Bush (entravement de la réussite, ce qui apparaît également chez J. Chirac, chez Berlusconi) représente bien ce qui se passe. Les attentats ont plongé dans linfantilisation; ils ont bloqué. Pour sortir de celui-ci lancement dans un mouvement sans fin, inexorable qui devient fin en lui-même, un peu ce qui sest passé avec le nazisme (cf. H. Arendt). Chercher en quoi la dimension policière lemporte sur la dimension guerrière.

 

A propos de la culpabilité cachée de chaque individu cela semble être un thème récurrent chez les étasuniens. Je mets cela en connivence avec limportance du pouvoir législatif aux USA. Chacun, chacune doit veiller à ce quil ne soit pas démontré-e coupable. Et cela se connecte évidemment avec l’information: nul ne doit être informé de ma culpabilité. Le thème de la justice semble être déterminant dans la philosophie politique étasunienne. Le phénomène sest répandu en Europe (cf. Italie et « Mani pulite » avec leurs variantes en France, en Belgique, etc). le pouvoir judiciaire tend , conjoncturellement, partout à prévaloir.

 

Je pense quil est bon de montrer comment chacun revit la menace. Le Vatican se sent menacé dans son existence (dans son fondement) avec la tendance des USA à se présenter comme les décideurs de ce qui est bien et mal et à intervenir en conséquence. Dans ce cas on rejoue lantagonisme papauté-empire (lettre à Nicola avril 2003).

 

 

***

 

 

Jen viens à larticle de Clara Gallini que tu mas envoyé ce qui ma fait énormément plaisir. Il constitue pour nous une confirmation de la dimension mystique du comportement des dirigeants étasuniens et de ceux qui les soutiennent; comportement mystique qui signale le rejouement de lactualisation du moment fondateur: le numen. Cela signifie que nous nous rapprochons toujours plus de la discontinuité à venir qui consistera dans le fait quhommes et femmes ne lutteront plus contre un système mais essaieront de mettre en pleine évidence cet infernal mécanisme pour enfin se percevoir dans une naturalité et entreprendre une autre dynamique de vie, comme je lécrivis le 23 septembre 2001. Avant de considérer ce quelle dit je veux te signaler ceci. En 1977, Clara Gallini a écrit une introduction à La fine del mondo contributo allanalisi delle apocalissi culturali qui est une œuvre posthume et inachevée dE. De Martino. En outre celui-ci publia en 1962 Furore, simbolo, valore qui contient un texte Mito, scienze religiose e civiltà moderna où il est amplement question du sacré ainsi quun autre Furore in Svezia où il essaie de donner une explication ethnologique, psychiatrique de ce qui sest passé le soir du jour de lan 1956 à Stockholm où environ 5 000 adolescents en fureur envahirent lartère principale de cette ville, cassèrent tout et attaquèrent des passants. Ce fut un des premiers moments de ce qui fut nommé la révolte des jeunes qui caractérise toute la seconde partie du XX° siècle quH. Arendt définit siècle de lenfant. Ceci est important en ce qui concerne le phénomène de régression conduisant lespèce à revivre le moment traumatique qui linduisit à sortir de la nature. Au cours de ce demi-siècle tous les recouvrements sépuisent et la terreur, la déréliction de lespèce se dévoilent comme cela apparaît avec les événements du 11 septembre qui vont opérer comme constituants dun mythe des origines (fin dune histoire et début dune autre ou, même, fin de lhistoire). Un tel mythe signale notre fragilité en tant que créature, lexistence du mal et la puissance dune entité (dieu par exemple) qui peut vaincre le mal. Il est bien la répétition de celui placé, selon M. Eliade, in illo tempore. Et, à ce propos, jajoute que pour atteindre à lessentialité, et nous la faire atteindre, le mythe doit être mythe des origines. Cela se vérifie pleinement au cours de lhistoire des USA où les étasuniens sont constamment à la recherche de leur mythe. Sur le plan individuel cest ce que C. G. Jung a effectué durant sa vie.

 

Clara Gallini a intitulé son article Shock & Awe, potere e paura et elle explique tout de suite que Shock & Awe est le nom donné par le Pentagone à la guerre entreprise contre lIrak et traduit en italien par Colpire e terrorizzare. Je ne connais pas la traduction française. On pourrait traduire par Choque et terrorise. Elle précise (je reporte de longs passages afin de pouvoir au mieux exposer ce que je pense): «Shock & Awe naît en tant que concept stratégique élaboré au cours des débats et recherches conduites collectivement à lintérieur de la NDU, la National Defense University, pour se transformer ensuite en un livre publié en décembre 1996, rendu public et accessible sur Internet () Mis au point par Harlan K. Ullman et James P. Wade avec la contritbution de divers auteurs, Shock and Awe porte le sous-titre suivant: Achieving rapid Dominance que je traduirai, sans en altérer le sens, par Metodo rapido per conquistare il dominio (Méthode rapide pour conquérir (atteindre) la domination)». Je reporte cela parce que pour elle la question essentielle est celle de la domination, alors que pour moi cest la mise en évidence du numen. Elle note que le plan de bataille: «pointe sur la destruction psychologique de la volonté de lennemi plutôt que sur la destruction physique des forces militaires». Cest toujours ce qui a été recherché. La différence cest que maintenant cest réalisable. Elle continue: «Je traduis toujours à partir dInternet, Cbs News, ,du 27 janvier dernier, qui continue ainsi: Nous voulons quils ne combattent pas, dit Harlam Ullman, un des auteurs du concept Shock & Awe qui se fonde sur lusage dun grand nombre darmes de précision téléguidées. De cette façon vous obtiendrez un effet simultané, assez semblable à celui des armes nucléaires utilisées à Hiroshima et sans employer des jours ou des semaines, mais en quelques minutes». Cest laffirmation de la guerre avec zéro mort, une guerre humaine, humanitaire et ce pour les deux parties en présence, afin de justifier totalement lintervention. Mais lauteur signale indirectement ce quil a ressenti lors des événements du 11 septembre 2001: une inhibition profonde, une paralysie.

 

«Exhibition de force à létat pur, le Shock implique donc tant lattaque que ses conséquences. Terrible et surhumain il ne peut produire que des terreurs surhumaines. Awe signifie justement ceci: non pas épouvante, peur, crainte ou terreur dans leurs désignatons psychologiques respectives (). je fais plutôt allusion à dautres concepts et plus précisément à cette catégorie du « numineux » (je mets numineux et non lumineux comme cest indiqué dans le texte de Clara Gallini) à propos de laquelle Rudolph Otto écrivit, en son temps, des pages désormais classiques qui analysent « le caractère douteux du sacré, dans ses dimensions correlées de fascinans et de tremendum » (R. Otto, Le Sacré, Feltrinelli).

 

«Cela vaut la peine de les reéxaminer, dans la mesure où elles concernent notre cas. Cest justement par un exemple belliqueux tiré de lAncien testament quOtto illustre la signification de la locution: emat Jahveh, « la terreur de Dieu »: « Je sèmerai devant toi la panique (en note il est indiqué: « ma terreur » comme dans le texte en italien). Je jetterai la confusion chez tous les peuples où tu pénètreras, et je ferai détaler tes ennemis » (Exode, XXIII, 27).

 

« Cest là une frayeur (terreur en italien) pleine dune horreur interne quaucune chose créée, même la plus menaçante et la plus puissante, ne peut inspirer. Elle a quelque chose de spectral »». Clara Gallini fait remarquer que la traduction est difficile pour restituer le sens du terme, et cite à nouveau R. Otto: « langlais a le mot awe qui dans son sens profond et précis se rapporte à peu prés à notre sujet »

 

Ce qui me semble le plus intéressant cest que lespèce tend à rejouer et à actualiser le numen grâce à la guerre. On peut trouver des exemples dans toutes les aires géosociales et à toutes les époques. En ce qui concerne la période récente on peut considérer que les étasuniens, paniqués et choqués, inhibés, bloqués, sortent du blocage pour rejouer en semant la terreur inhibitrice. En fait cette terreur doit engendrer une crainte chez lennemi afin quil redoute celui qui la mis dans cette situation, mais puisse tout de même opérer. Cest le secret de la répression: maintenir - au moins de façon inconsciente - la crainte des parents, la crainte de la société - afin quil y ait intériorisation des règles sociales, de la domestication, et non remise en question. Il ne faut pas quil y ait peur, à plus forte raison terreur, sinon lindividu ne peut pas agir. Cela veut dire qu’il faut une terreur initiale qui plonge tout individu dans la crainte, dans la dépendance. Il semble bien que ce soit le rôle de tout mythe des origines.

 

Ce qui est fondamental dans le numen, cest quil est à la fois proche et inaccessible. Donc les étasuniens mobilisés par lui sont lancés dans un mouvement apparemment sans fin puisquils ne peuvent pas atteindre ce quils visent inconsciemment. Ils ne pourront pas sarrêter car il y aura toujours un support pour revivre la menace, pour à nouveau être en présence du numen. Seule une perception profonde du mécanisme infernal opérant chez les étasuniens comme chez tous les hommes et les femmes permettra de commencer à enrayer. Car, il faut bien tenir compte que les étasuniens ne font quexprimer de façon très explicite ce qui se  passe pour tous et pour toutes.

 

Clara Gallini considère que la devise Shock & Awe «désigne une méthode rapide pour atteindre la domination et une conception du pouvoir comme dominance». En fonction de ce que jai affirmé précédemment, cela mapparaît comme escamotant lessentiel. Le pouvoir autonomisé est toujours en rapport à l’exercice dune force paralysante qui permet de mettre hommes et femmes en situation de dépendance et, donc, réactualise laction du numen. Autrement dit, plutôt que dune mystique du pouvoir, on doit parler de la dimension mystique du pouvoir. Enfin comme tu las noté toi-même, il ny a pas besoin de transformer la violence en sacré puisque celui-ci (le numen) la contient déjà. Cela implique que pour se libérer de la violence il faille dissoudre en quelque sorte  le numen.

 

(...) Je reviens à la mystique. Je pense que les théoriciens de la physique quantique, des particules ont le même problème que les mystiques. Ceux-ci doivent retourner dans le monde apparent après avoir atteint la réalité numineuse, cest-à-dire fondée par le numen et, même parfois, celle au-delà du numen. Comment donner cohérence au monde phénoménal? Jirai presque jusquà dire: lui donner une réalité?

 

(Extrait de lettre à Cristina du 03 avril 2003)

 

Jajoute (10.04.2003): choquer, traumatiser pour mettre dans la dépendance et par là prouver quon est du côté de Dieu, le défenseur du Bien, le pourfendeur du Mal. Si on exerce un effet traumatisant, cela signifie quon est du bon côté; on est élu de Dieu: plus de déréliction. Enfin en tenant compte de la théorie actuelle au sujet de la faiblesse de Dieu, il y a possibilité dinterpréter quà cause delle, les étasuniens doivent opérer à sa place. Doù le gigantisme de lintervention et lirrationnel quelle véhicule.

 

 

 

 




[1] «La perte de la présence en tant que crise radicale de la présence elle-même se relie à un moment critique de lexistence, quand lhistoricité surgit avec une évidence particulière, et que la présence est appelée à être-là avec un emploi prêt et adéquat de sa capacité de choix et de décision. Il sagit de moments en rapport à des crises organiques décisives, comme la naissance ou la puberté, la maladie et la mort, ou à des instincts vitaux comme la faim ou la pulsion sexuelle, ou à des rapports économiques et sociaux particuliers (cueillette, chasse, élevage, cycles saisonniers, rapport avec le chef ou avec un étranger, guerre...) ou à la maladie, à la mort; mais il sagit aussi de conflits moraux, dinspiration poétique, de doute logique». E. de Martino I fondamenti di una teoria del sacro (Les fondements dune théorie du sacré) in Storia e Metastoria (Histoire et Métahistoire), Ed.Argo, 1995

 

[2] H. Arendt Les origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalem, Ed. Quarto Gallimard, Paris, 2002, p. 602.

 

[3] Chez J.P. Sartre mais surtout chez les situationnistes et leurs adeptes.

 

Chez E. de Martino, la situation simpose en tant quensemble de conditions de vie auxquelles la présence doit faire face et au-delà de laquelle elle doit aller grâce à laction

 

[4] A propos déchapper à la pesanteur voir: Association des Astronautes Autonomes, Quitter la gravité, Ed. de LEclat, Nimes,2001.

 

[5]  Un peu plus loin il remplacera finalité de la guerre par finalité du chantage.

 

[6] Cette allusion à léquilibre fait sentir le besoin de parvenir à recouvrir et à ne plus être soumis à des troubles, des oscillations.

 

[7]Cf.par exemple: Lo squalo e il grattacielo - miti e fantasmi dellimmaginario americano de Francesco Dragosei. Ed. Il mulino, Milano, 2002

 

[8] Cette peur de limprévu conduit, tant sur le plan de lespèce que sur celui de lindividu, à manipuler; car manipuler cest viser à rendre prévisible (note septembre 2003).