CHRONIQUE D'UN BAL MASQUE

 

 

1. - Cœur  de tenèbres

 

 

Le capital parvenu à 1a domination réelle de toute forme de production et de reproducίon de l'existant résume en lui l'histoire entière des sociétés de classe et, débordant 1a sphère spécifique de l'économie politique, soumet à sa propre valorisation devenue autonome toutes les sphères autrefois séparées de l'être individuel et social devenu en totalité le produit de son organisation. Le capital aujourd'hui dominant se définit par son caractère fictif: l'essence virtuelle et créditrice [1] de toute « propriété ». « Dans le crédit, à 1a place du métal et du papier c'est l'homme lui-même qui devient l'intermédiaire de l'échange, non certes comme homme mais bien comme existence d'un capital et des intérêts... Dans le système du crédit ce n'est pas l'argent qui est aboli, niais c'est l'homme lui-même qui se transforme en argent, en d'autres termes l'argent se personnifie dans l'homme » ( Marx ) . Le caractère fictif se généralisant, 1'anthropomorphose du capital est un fait accompli. Ici, se révèle le mystérieux sortilège grâce auquel le crédit néralisé, par lequel est atteint tout échange (qui est constamment échange d'apparences dilatoires: du billet de banque à 1a traite, du contrat de travail au contrat nuptial, aux rapports « humains » et familiaux, aux études et aux divers diplômes et carrières qui leur sont liés, aux promesses de toute idéologie), imprime à l'image de son vide uniforme le « cœur de nèbre » de toute « personnalité » et de tout « caractère ». C'est ainsi que se fait le nivellement du peuple du capital, 1à où semblent disparaître les requisίts ancestraux spécifiques, particularités de classes et d'ethnies; disparition qui étonne tant tout innu qui en reste à penser les yeux rivés sur le passé. Le vide dilatoire est le contenu réel de toutes les formes du fictif. Le capital dominant est capital fictif; sa domination est le pouvoir du vide dilatoire sur toute forme d'existence humaine qui y est enchaînée par 1a contrainte à espérer de recouvrer, « demain », le sens et 1a plénitude promis en échange de 1a prestation totale de sa «vie ». La survivance en crédit permanent de vie est devenue 1a dimension dans laquelle se réalise la valorisation autonomisée de l'être-capital: la valorisation du fictif.

Face à 1a crise réelle de son développement matériel, le capital précipite le divorce entre 1a valeur et 1a production concrète: il se valorise toujours plus en produisant des formes «immaterielles » et « représentatives» colonisant de haut en bas et en profondeur le « temps libre » d'une existence sociale réduite à une enchère généralisée. La civilisation de 1a pénurie est le « nouveau modèle de développement » plus sinre: 1a nouvelle diapositive introduite dans le projecteur du planning, en remplacement de 1a « société de consommation » tombée en obsolescence. Dans celle-là l'être capital s'identifie toujours plus avec 1a communauté du capital anthropomorphe: «l'homme» comme être du capital fictif, agent incarné d'une valorisation qui en subsume toute forme de « vie ». C'est seulement en accroissant 1a valorisation de produits « immatériels » que le capital peut espérer surmonter indemne 1a crise de ressources - caractère limité des sources dnergie et saturation de 1a planète par les déchets - et réaliser 1a «croissance zéro » prônée par les économistes d'avant-garde sans interrompre le processus d'accumulation. C'est « l'inversion de tendance » jouée dans les coulisses des crises conjoncturelles [2].

 

2. - Messe noire.

 

 

Les restrictions de crédit, intermittentes et conjoncturelles, prises comme anti-inflationnistes, au-delà de leur caractère démagogique et de leur fonction de discrimination seléctive des quanta du capital non récupérables pour « l'inversion de tendance », révèlent 1a conscience croissante de 1a rupture survenue entre 1a valorisation autonomisée (capital fictif) et l'économie réelle (coûts de production comptés en unités de mesure énergétique). En ce sens elles moignent de 1a valeur fictive par rapport à 1a communauté matérielle qui 1a sous­tend désormais à 1a manière d'une référence virtuelle et symbolisée. Par rapport aux structures en vigueur de la valorisation autonomisée, ces exorcismes du fictif, opérés par ses propres prêtres, ne révèlent plus que 1a mauvaise conscience et 1a terreur d'une économie dont 1'irrationnali est profonment intrinque à 1a structure, et son délire irréversίbile. Jusque dans ses traités techniques l'administration de 1a « crise mascarade » de cautionnement manifeste des aspects liturgiques et pénίtenciaires: spectaculaires. Toute messe noire a toujours 1a sacralidu fétiche.

 

 

3. - « Vide de pouvoir » le pouvoir du vide.

 

 

Le rapport du pouvoir politique au pouvoir économique a substanciellement changé sous 1a domination réelle du capital fictif. L'État, de gestionnaire rigide et autoritaire de l'expansion de 1a forme équivalent dans les rapports sociaux (Marx), se transforme en médiateur de cette production de vide dilatoire qu'est l'équivalent général en fonction duquel s'ordonnent les formes dans lesquelles se réalise la valorisation du fictif. Le pouvoir politique doit abandonner toute rigidi et toute apparence de sacré immanent, déjà spécifique des tyrannies du passé. Ι1 devient simple fonction du despotisme du capital fictif et doit en partager le caractère foncièrement illusionniste. Le contenu constant transmis par les idéologies, scientifiques incluses, soumises au capital fictif, est 1'illusionisme problématique: rien n'est plus produit et vendu comme intermédiaire certain, tout est vanté et bradé (à des prix inflationnistes) comme immédiateté du « problème ». La gestion de l'existence minée par les contradictions structurelles d'un mode de production autodestructif, ne peut gagner espace et temps sans se réclamer du peuple - bien entendu le peuple-capital, 1a communau matérielle produite par ce mode - pour répartir 1a responsabilité de 1a faillite. Le «vide de pouvoir» est 1a forme que prend 1a gestion politique se rendant pour ainsi dire transparente aux impératifs immédiats de l'évolution dont a besoin un despotisme capitaliste qui se concrétise toujours plus sous le masque d'une participation collective. Le « vide de pouvoir » est 1a forme sous laquelle le capital institutionnalise, avec 1a cohérence de 1a mystification élevée au rang de méthode, le pouvoir du vide sur toute forme d'existence soumise à 1a valorisation du fictif. L'artifice formel par lequel le despotisme du fictif veut masquer 1a préfiguration de sa fin réelle (1a fin de 1a préhistoire, 1a réalisation de 1a communauté-espèce) est l'administration même de 1a crise: une gestion contrôlée de 1a banqueroute économico-politique. Capitulation permanente, 1a crise fictive dissimule l'effondrement réel, total, irréversible et définitif. Ι1 ne reste plus au pouvoir politique, épiphénomène du despotisme capitaliste, qu'à gérer le cours d'une série de «crises conjoncturelles » derrière l'écran desquelles on tente de cacher et de freiner un effondrement de dimensions planétaires. Aucune promesse ne peut être tenue (et ne le fut jamais) et ne peut même plus être faite: celle unique de retarder 1a catastrophe. De cette façon les prémisses se perpétuent vidant de fait les échéances effectives. Mais qui est à l'origine d'une telle entreprise? Plutôt un «aucun » en qui se reconnaissent tous les gérants des spoliations particulières, et tous les sujets assez aveugles pour en accepter 1a persistance.

 

 

4. - Les besoins éternisés.

 

 

Depuis longtemps, le fait saillant du pouvoir, dans les pays du «premier » et « tiers » monde est 1a crise permanente dans laquelle glissent les gouvernements. La crise n'est pas un accident mais une institution essentielle de 1a démocratie représentative, parodie toujours plus effrontée de 1a « souveraineté » du peuple. En exhibant au sommet de l'appareil politique le caractère problématique de 1a gestion de ce qui existe, 1a crise institutionnalisée, forme spectaculaire du « vide de pouvoir », renvoie aux sujets les contradictions qui minent chaque pouvoir. Grâce à ce renvoi, fonctionnant comme un automatisme « instinctif », le sujet obéissant se sent appelé à partager avec les institutions du pouvoir 1'irrationnaliet 1a non-exécution. Le « vide du pouvoir » parvient ainsi à les justifier et à les perpétuer: en les « socialisant » (quant au « second » monde il s'y maintient un despotisme anachronique du point de vue des formes de sujétion et anticipateιιr, du point de vue de l'intégration économico-politique, fictivement médiatisé en chine par 1a « révolution culturelle », institution sui genéris de 1a crise permanente adaptée à 1a tyrannie). La crise des institutions du pouvoir masque 1a crise réelle de tout pouvoir: aucune des formes historiques de domination et d'oppression ne peut désormais espérer longtemps résister à l'apparition de la possibilité pour les hommes de se lirer de 1a sujétion quelle qu'elle soit, derrière laquelle se cache leur exploitation rationnalisée adapte à 1'éternisation de l'état de besoin.

Les conditions matérielles requises pour une telle émancipation sont aujourd'hui réunies. Les forces productives sont surprises en train de travailler à perpétuer leurs besoins au lieu de travailler à leur satisfaction propre, et à reproduire les conditions archaïques de 1a survie dans 1a pénurie quand déjà aujourd'hui est déjà mûre 1a conquête possible et irréversible de 1a liberté par rapport à 1a pénurie et à 1'aliénatίon du travail, éternisés par le capital.

 

 

5. - Bal masqué.

 

 

L'effondrement des modes de développement du capital mondial est le point de non-retour toutes les contradictions entre le capital et le vivant s'ajoutent et interfèrent de façon catastrophique. Ici le destin des hommes s'écrit de façon lumineuse: se lirer de l'oppression οu mourir de son cancer. C'est pourquoi les oppresseurs de toute espèce travaillent à mystifier l'aspect cumulatif et 1a gravi de 1a catastrophe dans laquelle l'humanité entière risque d'être entraînée. De loin en loin et de temps en temps 1a banqueroute de ce qui existe est débité en tant que 1a crise sectorielle de tel appareil οu tel appareil, rémédiables grâce aux prodiges d'une participation populaire. Avec οu sans effusion de sang le pouvoir alterne ses formes en nourrissant dans son sein des oppositions nominales: le coup d'État n'intervient. pas directement pour mener 1a guerre antiprolétarienne, elle se trouve réalisée en agitant et en en mettant en valeur 1a menace. Tout vide dilatoire s'accompagne inévitablement de menaces.

 

 

6. - La pastèque mécanique.

 

 

En Italie 1a « surprise » du referendum est exemplaire d'une technique de 1a manipulation jointe à une efficacijamais vue. Tandis qu'en France les instruments de précision avaient su pronostiquer un écart de un pour cent, en Italie ils ne parviennent pas, « miraculeusement », à prédire à l'opinion publique un ëcart de 20%.

Après trente ans de pouvoir 1a démocratie chrétienne (DC) produit et trouve dans le référendum cette « déroute » apparente dont elle a besoin pour se restructurer et se moderniser. Elle s'allie à 1a droite « historique », en réfléchit en son sein 1a défaite (sanctionnée historiquement depuis des décennies), unit sa pénitence publique au chœur de triomphe simulé par les réformistes « ignares ». Pendant que 1a « gauche » exhibe son aptitude à cogérer 1a faillite frauduleuse, derrière, le capital procède à sa nécessaire restructuration urgente, le parti majoritaire restaure sa façade archaïque en débitant les coûts de sa démolition à un fascisme jusqu'ici protégé, et tirant une traite, pour sa reconstruction, sur le réformisme « d'opposition ». La crise prépare avec une prudence jésuitique le terrain pour une réalisation du «compromis historique» qui s'effectue en jouant sur le «vide de pouvoir »: à 1a DC et à ses intimes 1a gestion de 1a « crise » du pouvoir formel, essentiellement au niveau des institutions centrales de 1'État (avec 1a perspective de possibles replâtrages constitionnels); au PCI et aux siens 1a gestion de 1a «crise » du pouvoir économique: justification socialisée de 1a pénurie, rance, sans succès, des forces productives au niveau des administrations « périphériques »:

Aux syndicats le rôle historique des fossoyeurs de 1a « conscience de classe »: tous aux rames, plus que jamais, afin que 1a galère du capital ne s'échoue pas sur le banc de sable, afin que les prolétarisés ne s'avisent pas que le banc de sable est 1a limite atteinte par leur ennemi mortel, qu'il est le rivage de 1a terre qui peut être 1a leur, lirée. Tandis que les organigrammes des nouveaux rackets ont remplacé les vieilles clientèles, les travailleurs liés aux chaînes (produire plus) se voient retirer 1a carotte de 1a « société de consommation ». Le bâton réapparaît, le «nouveau modèle de développement» camouflage risible de 1a crise menaçante, exige des coûts très élevés. Comme toujours les prolétarisés doivent les payer, mais les coûts grimpent au rythme vertigineux des contradictions qui se multiplient. Les brigands d'État ont 1a main lourde maintenant qu'il s'agit d'annuler le divorce d'avec 1a pauvreté, ils pénalisent chacun des fétiches de 1a consommation qu'ils imposaient socialement quelques mois auparavant comme symboles d'État.

 

 

7. - L'extrémisme vide: opposition militante et opposition militaire

 

 

La participation militante au référendum trace 1a ligne de démarcation à l'intérieur de « 1'extrème-gauche ». C'est ici le lieu d'un premier réglement de compte: tandis que Lotta continua, Avanguardia Operaia et autres s'alignent sur 1a «politique» institutionnelle dans 1a mystification de 1a mystification et parlent de «victoire prolétarienne » cherchant ainsi à occuper le vide historique déjà occupé par le PCI (1'opposition fictive) les Brigades rouges et autres font irruption sur le marché en tant qu'opposition créditrice de 1a future opposition réelle, pour 1'« alternative » dans 1a gestion de l'existant au nom de l'idéologie du contre-pouvoir (préliminaire à 1a «dictature du prolétariat »). Les formations militantes se distinguent des formations « militaires » de 1'ultta-gauche - prenant réciproquement leurs distances - surtout dans leur manière de se définir face à 1a crise du système. Les premières essentiellement social-démocrates jouent le rôle immédiatiste d'instances rationalisatrices, moralisatrices et magogiquement populistes, nient l'évidence considerée de 1a crise structurelle, dénonçant l'apocalypse capitaliste, comme une mise en scène sans vουloir οu savoir y reconnaître le déguisement d'une réalité socialement explosive; les secondes, néo-léninistes voient dans 1a crise 1a desagrégatίοη du système capitaliste bourgeois, comme s'il s'agissait encore et seulement de ce dernier, et en mettent en évidence les aspects les plus spectaculairement scandaleux par leurs actions d'efficaci«managériale», mais se plaçant dans l'optique des « théories révolutionnaires » tiers-mondistes, anticipant, dans les méthodes et les analyses sur le rôle qu'ils s'attribuent d'héritiers du pouvoir, au nom d'une «dictature du prolétariat » parodiée et de toute façon obligatoire à toutes les idéologies de 1a «transition ». Leur retard théorique leur permet de s'enticher de toute 1a fascination romanesque émanant des idéologies du passé, vaincues par 1a contre-révolution et dépassées par le mouvement réel. Les distances prises par les militants par rapport aux « militaires » traduit d'ailleurs, particulièrement dans leurs « distinc­tions » circonspectes le secret d'une envie-crainte, haine-amour, qui préfigure un possible transfert de forces, au fur et à mesure que 1a destruction purement verbale laissera plus que jamais insatisfaites les nostalgies « héroïques » des militants, et que les réves interdits d'une « ostentation » phallique ( falloforia ) meurtrière promettent d'échanger une mortification de trappiste contre un sacrifice de kamikaze.

 

 

8. - Les magistrats.

 

 

L'intégration des formations militantes dans le spectacle, où le vide de pouvoir socialise ses problématiques fictives, produit une banalisation toujours plus évidente de leurs fictions « subversives ». En conquence, et en perspective, l'autre spectacle, le « futur meilleur » anticipé par les «avant-gardes de l'armée populaire » semble se garantir un crédit croissant. Le choix des méthodes qui, jà aujourd'hui de ce côté prospectif apparaissent comme paradigmatiques en traduit le caractère d'alternative illusoire. Contraints par l'orientation qu'ils ont choisie, les Brigades Rouges ne peuvent pour mimer leur prise du pouvoir que se faire récuperér par 1a logique de tous les pouvoirs, en adoptant les formes toujours intrinques de l'oppression qu'ils prétendent combattre: 1a double vie, 1a hiérarchie, les fichiers, 1a prison, enfin le tribunal; aujourd'hui ils jugent un serviteur de l’́État, ils s'imaginent (tout au moins comme modèle opérationnel) comme le tribunal révolutionnaire prêt à juger quiconque lutte contre une quelconque forme de gestion politique de 1a fureur prolétarienne. En effet les Brigades Rouges filment en gros plan 1a désagrégation du système parce qu'ils en sont 1a mauvaise conscience: acteurs de 1a désagrégation ils n'ont rien de commun avec l'irréductible différence du mouvement réel. Leur apparition armée marque le plus désarmant des spectacles possibles: 1a guerre civile in vitro, forme extrême du contrôle tenpar le capital sur l'explosion de ses intimes contradictions.

 

 

9. - La vie est un songe.

 

 

« Les gens tendront à se laisser entraîner dans des sociétés secrètes dont le résultat est toujours négatif. D'autre part ce type d'organisation contraste avec le développement du mouvement prolétarien parce que de telles sociétés, au lieu d'éduquer les ouvriers les assujettissent aux lois autoritaires et mystiques qui font obstacle à leur autonomie et dirigent leur conscience dans une direction erronée. » ( Marx ) . La prise d'ôtages sous 1a forme du fantastique « héroïque », de 1a colère prolétarienne se révèle doublement castatrice: dans 1a mesure où elle se réduit aux clichès comportementaux du beau geste et de 1a témérirentable et dans 1a mesure où elle effectue une diversion vis-à-vis de l'émergence critique, au sein de 1a dimension quotidienne de 1a fausse vie, des termes subjectivement reconnaissables dans lesquels l'aliénation est intériorisée, c'est-à-dire que 1a production du vide dilatoire (où le désir de vie se neutralise dans 1a fascination du fictif) est exercée directement par les prolétaires. En ce sens, elle dévie les « ouvriers » de 1a survie de cette éducation radicale qui est 1a lutte contre l'organisation de l'apparence engagée à partir de l'hétéronomie de « subjectivi» apocryphe et, en dirigeant leur conscience dans une direction erronée, elle empêche l'explosion dans 1a certitude de leur alrité, négatrice de l'existant et de 1a « conscience » en tant que son reflet idéalisé. Le choix faussement qualitatif du conspirateur qui en poussant ce dernier à « fuir » 1a condition commune du non-vécu pour se construire une image fantasmatique de « héros » d'« avant-gardiste », de « nouveau résistant » non seulement surle, en se cristallisant, 1a passion latente mais transforme religieusement le sens vivant en un « signifié » liturgique, en symbologie. La vraie révolution sera toujours pour après sa mort: salut chrétien. Et les « masses » et le «peuple », les « majorités » révées, auxquelles 1a personnalité du conspirateur (devenue de façon ambiguë, d'autant plus clandestine qu'elle est plus affichée) s'adresse en tant que message publicitaire électrisant, devraient οu se mettre, fascinées, à suivre ses pas pour tenter l'ultime autovalorisation possible en s'évadant à leur tour de 1a vraie guerre quotidienne contre l’intériorisation organisée du fictif, οu, et pour 1a plus grande part, vivre en songe ses « aventures », en réitirant 1a condition d'impuissance dont on aurait voulu les faire sortir, ainsi, à bon compte.

 

 

10. - Un terrorisme en quête de deux auteurs

 

 

Puisque l'insolubilité promue au rang de méthode dispose de peu de temps, le capital doit accélérer 1a militarisation du contrôle. Les bombes de Brescia, le « roman policier » de Padoue [3] 1a suite aux prochains numéros: 1a mise en scène se poursuit. Voici ajouté, au prix de 1a « défaite » conquise sur le terrain lors du référendum, le poids du sang ouvrier mis au compte du fascisme à visage de zombie. Le casse tête est parfait: qui reconnaît parmi les « ardίti »[4] de la mort, triples joueurs, polices parallèles; journalistes spécialistes du complot, 1a main de 1a CIA οu du SID [5]. Qu'elle y soit chacun le voit; mais elle semble sortir de toutes les manches. Le chceur des haut-parleurs vocifère que le terrorisme fasciste a jeté le masque. Mais, en utilisant à l'envers le masquage du piège de Piazza Fontana [6], des ombres suffisantes pour relancer plus drastiqunent 1a lutte contre les extrémismes opposés se projettent sur les franges « ultra-gauches ». La fin est double ου triple, comme les moyens: 1) en désignant à 1'éxécration publique le visage sanguinaire des fascistes, déjà alliés lors du référendum «perdu» et encouragés à toutes les manoeuvres de coup d'État, 1a DC atteint le but de liquider, en apparence, son passé le plus récent en licenciant les sicaires et les financiers compromis; 2 ) à 1a veille du plus pesant brigandage d'État pratiqué depuis trente ans, 1a colère prolétarienne est canalisée sur un ennemi déjà historiquement liquidé et maintenu en vie grâce à son pouvoir de polarisation qui fait diversion; 3 ) les appareils policiers et militaires se préparent en vue de l'éclatement de 1a subversion, jouant d'avance sur 1a crainte d'une riposte prolétarienne. Le terrorisme d'État, organique au terrorisme du capital multinational espère exorciser 1a guerre civile in vivo en manipulant in vitro quelques courtiers en cadavres.

 

 

11. - La peste

 

 

A un capital qui joue d'avance, en en mystifiant les termes, sur une crise irréversible, ses chances ultimes de survie, il ne reste aucune marge,, pas même idéologique pour se proposer d'administrer un ordre apparent. Seul un désordre contrôlé lui permet d'envisager quelque pit. Une guerre civile pilotée est le type de réalité quotidienne qui lui permettrait le mieux d'extérioriser son propre terrorisme. Le « société du spectacle » ne paye plus les coûts de sa gestion même fictivement « idyllique »; 1a fin du développement indéfini marque 1a fin de 1'« ivresse » de 1a consommation. La tragédie-comédie de 1a grande bouffe voit sortir de 1a bouche du souffleur le spectre de 1a pénurie. Pour l'engager en quali de jeune rêveur le spectacle doit changer de scénario. La fureur monte de partout à mesure que se révèle 1a réalité cachée derrière les « crises » manipulées: il ne reste plus désormais qu'à 1a dévier, L'antique artifice de la représentation est le seul capable de restituer à 1a « politique » un reste de pouvoir illusoire qui freine 1a conscience emergeant des dimensions totales du heurt pour 1a vie de l'espèce. La guerre civile in vitro est l'expédient par lequel on cache à elle-même une telle conscience, en la réduisant encore une fois aux gestes et aux tirades scéniques des affrontements séparés: La vraie guerre est juste au-delà de ces simulations extrêmes. La « question irlandaise » se pose déjà comme une première ébauche opérationnelle de cette stratégie du capital. En faisant l'hypothèse de sa généralisation opportunément diversifiée, il est facile de prévoir les avantages que le capital serait en mesure d'en tirer, état de siège permanent, réduction conjoncturelle de 1a consommation, mais hypervalorίsation des industries de guerre les moins liées aux facteurs énergétiques. sélection forcée pour cause de force majeure de la petite et moyenne industrie et du parasitisme tertiaire; hyperdéveloppement de la bureaucratisation militarisée; centralisation fonctionnalisée du planning; uniformisation des « besoins primaires », enlement des prolétarisés dans une situation de crise de diversion permanente; polarisation de 1a charge subversive sur des objectifs fictifs; camouflage, derrière les exigences exceptionnelles, d'une restructuration profonde de brutalement accélérée, apparition d'une caste réduite économίco-militaire monopolisatrice du pouvoir réel. Un « modèle de développement » parfaitement accordé à l'inversion de tendance prédite par les économistes d'avant-garde débarassé de tout décor humanitaire.

 

 

12. - Nuremberg, leur affaire

 

 

À Nuremberg fut enterré pour toujours, drapé dans sa monstruosité, l'extrémisme d'une système capitaliste qui synthétisait dans 1a mort le savoir dont il se lavait les mains. Dans le camp de concentration, concentration de temps-espace-argent, le génocide des « inférieurs » récapitulait, en en exhibant l'horreur de manière effarante, 1a logique de 1a domination individualisée (nation, race, drapeau, religion) au nom desquelles depuis des siècles 1e lustre des empires resplendit du sang des carnages. Le nazi-fascisme avait abrégé les temps et les moyens avec l'efficacité scientiste, en eliminant grâce à 1a splendeur du destin d'État tout sens résiduel de 1a faute. L'« individu» bourgeois y retrouvait le charisme perdu de 1a noblesse en s'imposant comme ayant des destins supérieurs sur une plèbe de parias. Un capital ouvertement esclavagiste aurait maximali le profit sur 1a mort des non-hommes; de 1à, les super-patrons auraient tiré leur «humanité». Les lois qui jurent ses bourreaux surgissaient d'un passé à 1a fois épais et sanglant mais recouvert par 1a mystification historique de 1a marche du progrès et par l'idéologie du libéralisme égalitaire. Nuremberg représente le nœud historique où le capital abandonne l'option du génocide ouvert pour adopter une forme de domination fondée sur l'intériorisation du « mortuum » dans 1a « vie » distribuée eucharistiquement à chaque sujet-participant. D'un côté le génocide vietnamien n'est pas immédiatement adéquat au mode de production, de l'autre il est déjà l'archétype de 1a guerre fausse et spectaculaire malgré son prix élèvé en sang, en vies humaines.

Mais Nuremberg npuise pas l'histoire: depuis lors les régimes de démocratie représentative ont élevé dans leur sein les sectes de cadavres chargés d'éterniser dans les formes pétrifiées du « fascisme » le monstre destiné à canaliser 1a rage des prolétaires en 1a mortifiant dans le laminoir de 1'antifascisme, et à perpétuer l'idéologie archaïque de 1a « noblesse fondée sur l'esclavage » pour mieux faire accepter comme son dépassement effectif le projet de 1a destruction de toute noblesse dans 1a société tous sont esclaves.

Dans ce mouvement le mythe excentrique de 1a race élue se neutralise dans le mythe, central pour l'Occident, du progrès; le mythe du surhomme dans celui de 1a science; celui du charisme et de 1'Individu » devient le mythe de 1a méritocratie dans 1a sphère de 1a mondanité spectaculaire mercantile. A l'intérieur de cette spéculari du fictif s'arment les acteurs de 1a guerre civile in vitro; mais ce n'est pas seulement contre elle que se meut dès maintenant 1a vraie lutte armée. Elle reconnait chez les auteurs du dernier pouillement l'extraction, à partir de 1a fureur subversive, de 1a force vive pour le transformer en organisatrice de mort, les ennemis réels de l'affirmation de 1a subjectivité en devenir et de son mouvement vers 1a réalisation communiste. Elle s'oppose à tous ceux qui en opérant 1a récupération du refus de 1a participation et de l'identification en délire « schizophrène », de 1a rage totale en contestation parcellaire, de 1a critique en culture (idéologues «révolutionnaires», psychiatres, antipsychiatres « in et out »; magistrats « mocratiques »; artistes de 1a «révolution »; leaders de groupuscules) concourent à ce que l'idéologie se matérialise immédiatement en institutions réformistes et en avant-gardes expérimentales: du groupe politique à 1a « communau» thérapeutique [7], de la commune psychédélique à 1a famille matriarcale reformée et ainsi de suite.

 

 

13. - La vraie faim

 

 

La critique radicale est le mouvement même dans lequel les prolétarisés luttent contre 1a domination du fictif, en démasquant l'organisation des apparences. Depuis que le fictif et sa promesse empoisonnée s'insinuent dans chaque existence 1a vidant de tout sens vivant et présent, elle trouve en face la fureur croissante d'une faim de vrai et de sens qui part du corps même de l'espèce. Au fur et à mesure que dans toute forme de ce qui existe se réalise un moment de 1a νaleur autonomisée au fur et à mesure que l'anthropomorphose du capital met en scène une « humani » de robots, ce qui lui est irréductiblement étranger, s'insurge pour 1a combattre. La lutte en procès est avant tout masquage et dénonciation du faux. La rupture violente des écrans interposés entre 1a fin réelle de 1a révolution et 1a fureur des opprimés détourné vers de faux buts. Au point extrèιne des contradictions entre le capital et le vivant, 1a fin réelle de la révolution ne peut être que la destruction du capital et la réalisation de l'espèce humaine comme communauté vivant dans un rapport de cohérence organique avec l'univers naturel. La domination du capital sur une collectivité sous-humaine et sur une planète empoisonnée se révèle toujours plus comme l'ultime obstacle qui pare 1'autogenèse créative de 1a communauté-espèce de son monde latent. C'est ce que, dans son mouvement, 1a critique radicale indique en attaquant toute forme de représentation fictive. C'est pourquoi depuis toujours elle provoque 1a haine qui ne se leurre pas des gérants de 1a fiction. Toutes sortes d'administrateurs frauduleux de « crises » parcellaires, d'alternatives « politiques », de « batailles  imaginaires trouvent en elle l'ennemi irréductible. Ils essayent de le combattre avec les moyens qui leur sont propres 1a calomnie, 1a déformation de l'histoire jusqu'à 1a répudiation de ce que dans le passé leur culture désigne comme préfiguration du mouvement lui-même.

 

 

14. - Fanmes et sicaires

 

 

Ce contre quoi on lance aujourd'hui les rats d'égout, dénichés par 1a pénurie ce sont vraiment les dépouilles abandonnées par 1a critique radicale dans son cheminement. La première elle les a laissés derrière elle en refusant 1a sclérose de formes ayant évolué en idéologie. Ne pouvant pas freiner son mouvement présent (ni le dénoncer parce que 1a critique radicale ne se niche dans aucune organisation ou racket, officiel οu clandestin), les vautours du journalisme et de 1a « culture » se déchaînent contre ses fanmes.

 

Le « vrai » qui anima les occupations et les affrontements de 68 fut essentiellement le démasquage du projet réformiste qui tendait à réduire l'insurrection à 1a revendication, en réinstaurant ainsi l'échange entre 1a demande et le désir qui 1a sous-tend, échange qui ne pourra se conclure que lors de leur coïncidence. Ce mouvement agite dans son tourbillon, lors des moments d'émancipation effective des fragments d'idéologie surgies du passé historique, les animant d'une « moderni » renouvelée. En bref le tissu de l'idéologie se fige sur le mouvement, en le paralysant dans l'auto-contemplation. La critique radicale n'évita pas, en partie, l'étau régressif de l'idéologie. Le «cnseillisme» jusque 1à maintenu comme une relique dans les tabernacles de l'anarchisme académique et de 1a gauche communiste germanhollandaise, brisa sa coquille pour se présenter comme un modèle de démocratie réelle, directe, de base, alternative immédiate tant à 1a démocratie représentative qu'à 1a tyrannie orientale. Dans 1a lutte, certaines assemblées d'occupation et certains noyaux révolutionnaires en incarnèrent de brefs instants de vérité opérante, mais en brisant sa règle et en le reconnaissant non comme le premier et le nouveau, mais comme le dernier des vieux modes de combattre. Le « conseίllisme » radical (en France essentiellement 1'I.S. et des organisations moins radicales, en Italie 1a section italienne de 1'I.S., le groupe « Ludd-consei1s ouvriers », et l'Organisation Conseilliste, 1a plus innue et 1a plus immédiatiste, transformée ensuite en « Comontisme » [8] a critiqué en pratique les limites du conseil comme idéologie opératoire, Dans d'autres pays le conseillisme a eu des développements analogues et, de façon analogue, ce qui en reste, est un précipité. Personne ne peut d'ailleurs nier ce qui s'est exprimé de radical au-delà du conseillisme en tant que sigle: 1a passion de conquérir 1a digni sans servitude en critiquant pratiquement tout pouvoir et toute séparation. La critique radicale dans son mouvement s'est séparée pour toujours des aspects formels et idéologiques du conseίllisme: ils demeurent vides et morts, en proie aux chacals. De son côté « Comontismo » fit son autocritique en se dissolvant tandis que d'autres courants radicaux critiquèrent ponctuellement et publiquement son apologie de 1a criminalité comme modèle de destruction subversive. Aucun comportement illégal n'est par lui-même subversif comme, à l'inverse, aucune ligne révolutionnaire ne peut oublier ce qu'est et de qui est 1a loi sans se révèler comme fiction politique.

L'autogestion généralisée est 1a fin visée par le mouvement réel. Mais elle ne peut se traduire par l'autogestion de l'inertie de l'existant. Sans se transformer en autogestion de l'esclavage. Dans son action en procès l'autogestion généralisée est essentiellement autogénèse créative: négation déterminée de ce qui existe comme organisation du fictif et ιtransformation active de l'existence en lieu d'origine réel de 1a communauté-espèce humaine et de son monde. La vérité est le fruit vivant d'une lutte en acte: quiconque proclame une moraliidéologique comme voie de salut, diffuse une drogue politique en forme de vérité. De même personne ne peut jouer d'avance des modèles « alternatifs » sans pour cela préfigurer mythologiquement le futur, en le polluant dès le début avec des archétypes du passé: le condamnant à éterniser 1a domination du mort sur le vif.

 

 

15. - Contre l'espérance

 

 

Ι1 ne s'agit pas d'enlever tout sens vivant aux luttes encore prisonnières de 1a séparation, il s'agit en les libérant de leur esclavage par rapport au sens mort, de découvrir ce qui les sous-tend, mais qu'elles n'arrivent pas à exprimer dans son intégralité et sa totalité. Le mouvement réel n'est pas l'armée révolutionnaire nichée dans une latence ineffable, mais l'articulation vivante, dans les contradictions de ce qui existe et dans 1a tromperie des luttes fictives, d'un jaillissement qui les dépasse sans y mourir, qui se renouvèle et se renforce au-delà des traquenards tendus pour le capturer et le dévier.

 

Une certitude sans précédents historique est en train de surgir: 1a connaissance d'un communisme réalisable sans « transition », sur 1a base matérielle conquise par les forces productives; une fois que le monde des hommes a été arraché des mains de ceux qui le dévastent afin de perpétuer une râpine séculaire. L'humanisation de la planète et de l'univers naturel et l'humanisation de 1'« homme » lui-même, est le possible qui transparaît au-delà des schémas de l'effondrement capitaliste, au-delà de 1a monstruosiimposée au monde et aux hommes par son mode de production nécrotisant, sur 1a valorisation du faux obtenu en mutilant le vrai depuis 1a graine et depuis le berceau. La production de profit mortifère et de sous-hommes qui lui sont enchaînée doit finir, οu ce sera 1a fin de tout projet humain. Cette certitude réalise et incarne dans le mouvement réel le contenu des « théories révolutionnaires » du passé dépassant leur forme encore conscientielle sur un mode idéaliste. Le passage en armes de 1'espèrance à 1a certitude, de 1a « Conscience » à l'expérience vivante, à 1a vraie gnose est 1a seule transition nécessaire. La certitude a de 1a peine à se libérer des formes vides où l'idéologie la maintient; au fur et à mesure que 1a fausse guerre mise en scène par l'idéologie montre aux révolutionnaires 1a corde avec laquelle on étrangle leur colère, 1a certitude avance, et 1a vraie guerre se fait. Et telle est 1a tâche de 1a critique radicale. Avec les paroles de Marx: « Nous développons au monde des principes nouveaux que nous tirons des principes du monde. Nous ne lui disons pas: renonce à tes luttes, ce sont des niaiseries; ( ... ). Nous lui montrerons simplement pourquoi il lutte en réalité, 1a conscience de cela est quelque chose qu'il est contraint d'acquérir, même s'il ne le veut pas ». Depuis l'époque où ceci fut écrit, peines et luttes des hommes ont arraché aux principes du monde le secret d'un monde finalement possible; ils se sont approprié la conscience d'un espoir, « le rêve d'une chose »: il s'agit aujourd'hui d'enfoncer 1a dernière barrière et de s'approprier le monde lui-même. « Nous ne craignons pas les ruines » dit Durruti: « Nous hériterons de 1a terre, c'est certain. Nous portons en nous un monde nouveau, et ce monde grandit à chaque moment qui passe. Ι1 grandit même maintenant que je suis en train de vous parler ».

 

 

G. Cesarano - Ρ. Coppo - G. Fallisi

 

Milan, juillet 1974

 



[1] Ι1 est difficile de traduire creditonia qui est un composé de creditizio = créditeur et de credibile = croyable. (Toutes les notes sont du traducteur,J. Camatte).

 

[2] La plupart des thèmes abordés dans ce texte ont été développés dans «Apocalypse et révolution» que nous publierons prochainement.

 

 

[3]  Ι1 s'agit des bombes mises à Brescia en 1974, tandis que le « roman policier » de Padoue fait allusion au meurtre de deux fascistes par les Brigades Rouges.

 

[4] Allusion aux « Arditi del ροροlο » organisation surgie en 1921 afin de lutter contre le fascisme.

 

[5] Service d'information de 1a défense.

 

[6] Ι1 s'agit de l'attentat qui eut lieu à Milan en 1969 et qui fut mit sur le compte des anarchistes (d'où 1'emprissonement de Valpreda et l’élimination de Pinelli). Ι1 s'avère de façon de plus en plus nette qu'il fut organipar 1'État italien lui-même.

 

 

[7] Les auteurs de ce texte (ainsi que G. Collu) préciseront ultérieurement ce qu'ils entendent par communauté thérapeutique. Indiquons seulement ceci: le développement du capital est linquence et démence. Maintenant tout est permis; il n'y a plus de tabou, d'interdit. Mais, en vivant les diverses «perversions» les hommes et les femmes, peuvent se perdre se détruire et ne plus être « opératoires » pour le capital; d'où 1a nécessité d'une communauté qui les inserre toujours dans celle du capital (plus exactement cette dernière prend 1a dimension d'une communauté thérapeutique), Un ensemble de spécialistes-thérapeutes serviront de médiateurs pour cette réinsertion.

 

Même ceux qui se contentent de vivre l'existant immédiat sont tellement broyés par le devenir du capital qu'il est nécessaire de prevenir les troubles (médecine préventive, élément essentiel dans 1a réalisation du despotisme capitaliste), de mettre en place des organisations thérapeutiques qui pourront les réadapter au mode d'être du capital.

 

[8] Le groupe Ludd s'est formé en 1969 à partir d'éléments en majorité d'origine anarchiste. Ι1 publia une revue « Ludd - conseil ouvrier » parut le texte d'Ε. Ginosa et G. Cesarano L'utopie capitaliste que nous publierons prochainement. « Comontismo » fut formé à l'aide d'éléments provenant du groupe Ludd qui s'était dissout en 1971. Ce nom est dû à une traduction plus οu moins littérale de Gemeiawesen (gemein = com = commun et ontos = être).

Un certain nombre d'anciens membres de ces deux groupes ont rejoint les « Brigades Rouges » qui proviennent en majorité de l'ancien mouvement « Potere Operaio ». Dans une prochaine étude sur le gauchisme en France et en Italie de 1960 à 1975 nous préciserons les caractères de tous ces groupes, y compris Lotta Continua dont il est également question dans de texte.